Petits essais en forme de notules

Malraux définit le lecteur par vocation comme celui qui jouit de «la faculté d'éprouver comme présents les chefs-d'oeuvre du passé»...



Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.






samedi 31 décembre 2011

Pour une nouvelle année...




Au seuil de cette nouvelle année qui arrivera quelques heures plus tôt chez vous, il est de mise de vous offrir les voeux traditionnels de paix, de santé et de prospérité.  Nous pourrions, chacune d'entre nous, épiloguer longuement sur chacun de ces voeux : l'une vit dans le pays qui a vu naître le mouvement des indignés et doit donc souhaiter un peu plus de calme, de sérénité au quotidien; l'autre se débat toujours avec la maladie et a la grâce de ne nous faire partager ces problèmes de santé que par toutes petites touches et simples allusions... Il est donc vrai que les voeux, quoique traditionnels, prennent tout leur sens lorsqu'ils sont offerts «du fond du coeur», autre formule consacrée, mais qui dit bien ce qu'elle veut dire.

J'aimerais toutefois ajouter un souhait particulier que je m'adresse tout autant que je vous le destine : j'ai placé en exergue de ce billet la photographie d'une gravure d'Érik Desmazières dont j'ai eu le plaisir de voir une exposition il y a deux ans.  Ce graveur contemporain est probablement mieux connu pour ses villes imaginaires, mais, pour ma part, je suis restée en pâmoison devant ses librairies anciennes et ses représentations de la salle de lecture de la bibliothèque nationale de Paris.



J'ai choisi ces illustrations pour les associer à mes voeux du Nouvel an, car j'aimerais placer 2012 sous le signe de l'attention, du recueillement et de la réflexion que symbolisent, pour moi, les temps trop rares que je peux accorder à la lecture.  Or, ces temps d'attention sont presque devenus des moments de résistance à la lutte rangée que mènent contre eux la dispersion et la fragmentation de nos vies en de multiples activités.


Vous me trouverez peut-être trop sérieuse alors qu'il faudrait déboucher quelques bulles et s'étourdir un petit moment devant cette année pleine de promesses et de réalisations à venir.  Vous aurez, je l'espère, quelque indulgence pour mes souhaits inhabituels qui ont, à tout le moins, le mérite d'être parfaitement sincères puisque je ne sais pas vraiment faire autrement.


Une très belle année 2012
et
un grand merci pour l'accompagnement
qui change parfois la couleur des jours...

jeudi 29 décembre 2011

dimanche 25 décembre 2011

Noël blanc

Nous avons finalement un Noël blanc!!!


Un très bon Noël des deux côtés de la grande mare...

jeudi 22 décembre 2011

Noël à la chandelle!


Noël verdâtre, voire même grisâtre plutôt que le célèbre White Christmas de Bing Crosby, passe encore. Sul lago di Garda ou à New York, cela peut même avoir son charme avec les décorations sur la Fifth Avenue ou les déambulations sur la place du village le 24 décembre. Mais Noël sous le verglas? Je dis : «Halte-là!» Risquer de se rompre les os dès que l'on pose le début du commencement du gros orteil hors de chez soi, c'est pratique pour les emplettes ou les visites à la parentèle!

Évidemment, nous avons déjà connu pire : ce n'est certes pas le grand verglas de 1998, celui qui avait tellement surchargé de glace les fils électriques que leur poids avait entraîné l'affaissement des pylônes qu'ils reliaient provoquant, à la grandeur de la province, des pannes qui durèrent des jours et parfois même des semaines.

Mais il y a, dans mes souvenirs, un autre Noël verglacé. Remontons un instant le cours du temps, comme souvent nous aimerions pouvoir le faire en cette période de l'année…





Reliquats du verglas du 21 décembre 2011


C'est le soir du réveillon! Comment décrire la riche odeur qui embaume la maison? C'est le parfum de la dinde dont la cuisson s'étalera sur plusieurs heures qui domine tout le reste. Comme nous serons une vingtaine autour de la table à laquelle on a ajouté sa rallonge, il faut un volatile de belle envergure qui sera même un peu à l'étroit dans la grande lèchefrite que l'on ne sort que pour cette occasion. Pas de farce. C'est chez ma grand-mère que l'on déguste la farce de pommes de terre à laquelle on ajoute de petits morceaux d'abats. À la maison c'est la dinde majestueuse et dorée, arrosée à de multiples reprises pendant la cuisson pour qu'elle prenne cette belle couleur qui fera saliver.

Évidemment, il y aura aussi le ragoût de boulettes, veau et porc ici, et pas de pattes de cochon, car ma mère aime la bonne chère, mais pas trop le gras. Et puis la tourtière, servie en entrée. Ma mère oubliera, toutefois la tentative de l'an dernier : mettre une petite bougie rouge au milieu de chaque  tourtière individuelle; au premier coup d'œil, la présentation était jolie, mais en fondant, la cire se mêla à la viande. Plutôt indigeste! C'est ailleurs qu'il faudra mettre les chandelles… Pour cette année, on est revenu à la grande tourtière que l'on servira en pointes, accompagnée des marinades, cornichons et betteraves, et du ketchup aux fruits –la recette de l'émérite cuisinière, ma tante Clarisse!- préparés à l'automne au moment des  récoltes abondantes.

Puis ce sera la parade des desserts : le gâteau aux fruits dont mon père est friand; personnellement, je préfère le gâteau au lard et aux noix longues, mais c'est la chasse gardée de ma grand-mère; les tartes aux pommes et les tartelettes au sucre, les sablés au beurre et la célèbre salade de fruits. «On sera pas à pied!» Manière de dire qu'on ne ressortira jamais autrement que la panse bien pleine de chez Louisette!

Le matin du 25 arrive. Pas question de faire la grasse matinée. Il faut dresser la table et préparer les choses de dernière minute. C'est fou ce que les journées rapetissent quand on attend des invités! Mon statut d'enfant me dispense encore de mettre la main à la pâte et, comme mon père n'a pas pelleté la patinoire dont la glace est un peu ramollie à cause d'un soudain redoux, je regarde à la télé mon film préféré du 25 décembre : celui où le père Noël rencontre toutes sortes d'obstacles au cours de sa distribution de cadeaux, car le diable à la queue fourchue le poursuit et l'embête, susurrant de mauvais plans à l'oreille des enfants. Mais le bonhomme en rouge se venge et, découvrant un petit char d'assaut parmi les cadeaux, il décoche une flèche, vlan! en plein dans les fesses du diable qui se lamente un bon moment!




La noirceur prenant, il est temps de partir le feu sous les patates : la dinde est dépecée, les tourtières n'auront qu'à être réchauffées. Mais la température qui tourne autour du zéro n'a pas l'humeur à la fête, et il se met tout à coup à pleuvoir, mais de cette pluie que l'on nomme chez nous pluie verglaçante. Ce sont de fins cristaux de glace qui tombent et qui ont vite fait de transformer tous les chemins en patinoire, le moindre parcours devenant alors des plus périlleux.




Ma tante Thérèse nous en fait d'ailleurs la démonstration, car, venant en éclaireur, elle tente de franchir la petite distance qui sépare ma maison de celle de mes tantes et de mes grands-parents. Nous la regardons venir et cela ne manque pas : patatras! Les quatre fers en l'air! Heureusement, comme elle ne mesure que cinq pieds, elle ne tombe pas de très haut, mais tout de même! Mon grand-père sortira donc la voiture pour amener le reste de la famille sans encombre jusqu'à l'entrée où mon père a répandu du sel.

Le petit chemin patinoire entre les deux maisons

Mais, qui dit pluie verglaçante, dit aussi panne d'électricité assurée. Et cela ne manque pas : à dix-sept heures pile, plus de courant! Vous imaginez ce que cela veut dire pour une maîtresse de maison qui se trouve privée de four alors qu'elle aura vingt convives à servir?


Nous allumons donc des chandelles un peu partout dans la grande maison, et ce serait assez féérique s'il n'y avait pas la question du repas… Élevé à la campagne pendant la grande dépression et second d'une famille de neuf enfants, mon père n'est jamais vraiment à court de ressources. Il allume donc le petit poêle à bois qui se trouve dans le sous-sol et, en l'approvisionnant régulièrement, le four de secours devient assez chaud pour qu'on puisse terminer, sur ses ronds, la cuisson des pommes de terre et réchauffer ce qui a besoin de l'être dans la grande lèchefrite qui fait un peu office, avec son couvercle, de Bar-B-Q!


 Il fallut évidemment de nombreuses montées et descentes du sous-sol à la cuisine, mais l'aventure se termina assez bien avec un peu plus de fatigue dans les jambes de ma mère tout de même fière de son Noël éclairé à la chandelle!


Noël 1963
Un très beau Noël 2011
aux nostalgiques et aux autres!

mardi 13 décembre 2011

Suis-je encore canadienne?


Dans notre communauté de blogueurs, je suis spontanément identifiée comme « la Québécoise » et j'accepte implicitement ce rôle en donnant des détails sur le mode de vie dans mon coin de planète. Mais je voyage toujours avec un passeport canadien… Mon tout premier passeport, en 1976, ajoutait d'ailleurs que j'étais citoyenne britannique. C'était avant le rapatriement de la constitution canadienne en 1982.

J'ajouterai que je connais peu ce pays qui est le mien, ayant choisi d'explorer les autres continents, plus particulièrement l'Europe, avant de me concentrer, dans mon grand âge, sur le mien que j'explorerai, comme les personnages de Jacques Poulin, en Westphalia avec mes chiens entre deux sessions de zoothérapie dans les hôpitaux ou les écoles!

J'ai bien fait une petite virée du côté des provinces de l'Atlantique pour admirer la terre rouge de l'île du Prince-Édouard, patrie de Lucy Maud Montgomery, en passant par le Nouveau-Brunswick et je vais régulièrement en Ontario voir les expositions qui se tiennent au Musée des Beaux-Arts de la capitale nationale, Ottawa, mais mes pérégrinations canadiennes s'arrêtent là.


J'ai certes le projet de traverser un jour ce pays en empruntant le moyen de transport qui l'a constitué au début du vingtième siècle, le train, mais c'est moins pour m'approprier de visu les paysages que les agences de voyage vantent auprès des étrangers que pour mettre mes pas dans ceux de Gabrielle Roy, la franco-manitobaine que la littérature québécoise s'est annexé, et qui a débuté sa carrière d'écrivain en arpentant le Canada pour les reportages qu'elle publiait dans Le Bulletin des agriculteurs, les meilleurs ayant été rassemblés dans un recueil qui s'intitule : Fragiles lumières de la terre ou dans cet autre, plus récent que l'on voit sur l'image de gauche.

Mais depuis une dizaine d'années, même si je sens toujours une certaine appartenance aux vastes paysages que j'ai appris à connaître à travers la littérature, je me définis de moins en moins comme Canadian, les valeurs de la société québécoise s'éloignant de plus en plus de celles du reste du pays qui a porté au pouvoir le gouvernement de droite de Stephen Harper. Et, en ce matin qui voit le retrait officiel du Canada du protocole de Kyoto, j'avoue que, si j'avais encore quelques doutes, cette dernière initiative du gouvernement fédéral vient de marquer un point de rupture définitif.

« Cela nuirait trop à l'économie canadienne » a dit le ministre Kent qui, deux heures après son retour de Durban, était déjà derrière les micros pour annoncer la nouvelle. Le Canada fait la une des journaux ce matin, mais il n'y a vraiment pas de quoi se vanter. Comment peut-on concevoir que cette année qui a vu la catastrophe nucléaire engendrée par le tsunami au Japon, les pires sécheresses que le sud des États-Unis ait connu depuis des décennies et un réchauffement global du climat de plus en plus marqué, on mette encore de l'avant les préoccupations économiques avant celles qui consistent à se demander s'il y aura encore une planète où il soit possible de vivre dans cinquante ans?

Le 11 septembre 2011, les spécialistes de la mémoire nous ont fait remarquer que, malgré la décennie écoulée, nous savions tous encore très exactement ce que nous faisions au moment où nous avons appris la chute des tours du World Trade Center. J'étais à l'école, retournant à mon bureau après la fin d'une classe et la responsable de mon département m'avait apostrophée, paniquée, car l'on venait d'annoncer qu'on évacuait les tours du centre-ville de Montréal à la suite de l'attentat new-yorkais. J'avais trouvé la réaction de mes collègues et des autorités montréalaises exagérée, car la réputation du Canada sur la scène internationale me semblait le protéger de ce genre d'attentat auquel l'arrogance des Américains les exposait. J'avoue que je ne suis plus du tout certaine que ce soit dorénavant le cas et, même si le Québec a voté majoritairement contre le gouvernement Harper aux dernières élections fédérales, nous nous sommes sentis bien isolés au moment du dépouillement du scrutin.  Le verre à moitié plein de Françoise menace vraiment beaucoup aujourd'hui de se retrouver à moitié vide...

dimanche 4 décembre 2011

Ma mère, la foi et la superstition (in memoriam…)


Mercredi dernier, c'était le quinzième anniversaire du décès de ma mère, morte trop jeune à l'âge de soixante-cinq ans. J'avais trente-quatre ans. On peut donc considérer cela comme un progrès puisque ma grand-mère maternelle est morte alors que ma mère n'avait que dix-neuf ans… Quelque temps avant sa mort, forte de ses propres expériences, ma mère m'avait confié : «Tu sais, on n'oublie pas; on n'oublie jamais. Mais avec le temps, on devient moins triste. Heureusement!» En me disant cela, elle me faisait un dernier présent, car je me suis sentie légitimée de ne pas me complaire dans le deuil pour aller plutôt de l'avant avec ma propre existence.

C'est donc sur le ton de l'humour que j'ai envie que l'on se souvienne, pour celles qui l'ont connue, ou que l'on apprenne à découvrir, pour les autres, cette femme qui aurait maintenant quatre-vingts ans et qui a tiré sa révérence un peu trop vite à mon goût et au sien.

Pour toi…



***
L'automne venu, il fallait autrefois réinstaller les «châssis doubles», remplacés par les nécessaires moustiquaires pendant la saison estivale, plus clémente sauf en matière de maringouins et autres mouches noires.


Comme ma vieille maison n'a guère subi de rénovations, je peste encore contre ces châssis devenus bien difficiles à ouvrir avec les années. L'existence d'un espace entre les deux fenêtres – d'où l'appellation de « châssis doubles» - m'a toutefois remis en mémoire un petit épisode des démêlés de ma mère avec la foi catholique de notre désormais laïque province…




Née au tout début des années trente, ma mère baigna pendant au la première moitié de sa trop brève existence dans le climat d'extrême religiosité qui imprégnait alors la société canadienne-française pas encore québécoise. Fervente enfant de Marie, puis croisée, elle avait plus tard, comme elle le faisait toujours, aménagé l'hymne de ce groupe ainsi devenu :


Ma mère est la première à droite des jeunes filles en blanc



Je suis croisée, c'est là ma gloire,
Ils m'ont choisie, moi j'voulais pas.
Combats sans peur pour la victoire,
Je suis croisée, je suis croisée!



Ma mère en 1954
Enfant, j'écoutais et engrangeais ces chansons, subodorant quand même assez vite, entre autres à cause du ton employé pour les chanter, qu'il devait y avoir quelque anguille sous roche… Toujours est-il que la religion tenait une grande place dans sa vie et que, jeune enseignante d'à peine vingt ans, elle enfourchait tous les jours sa bicyclette pour se rendre à la messe avant d'aller enseigner chez les Maristes ou chez les petites franciscaines de Marie, jusqu'à ma naissance qui sonna malheureusement pour elle et pour moi le glas de trop nombreuses activités.



Je ne sais d'ailleurs quel rôle j'ai joué dans son éloignement de la foi puisque ma naissance précéda de peu la mort de son père, événement d'autant plus traumatisant pour elle qu'elle n'était pas présente, son frère ayant décidé de ne pas la prévenir, ce qui la condamna, pendant quelques décennies, à chercher en rêve le père perdu dans les couloirs de l'hôpital jusqu'à ce qu'elle se lève un matin, en pleurant, parce qu'elle l'avait enfin retrouvé.



Ma naissance et la mort de mon grand-père coïncidèrent de surcroît avec les débuts de la Révolution tranquille, événement qui devait enclencher le processus de laïcisation de la société québécoise jusqu'à ce que toutes les religions, hormis la catholique, reprennent du poil de la bête et envahissent à nouveau ces dernières années, à travers de minces saris bien peu appropriés à nos hivers ou de lourdes burqas, l'espace public.



Ayant donc pris quelque distance avec la religion, ma mère y revint dans les dernières années de sa vie à travers certaines pratiques pour le moins surprenantes...  Elle avait une dévotion toute particulière pour la Vierge, notre société matriarcale faisant probablement plus confiance aux femmes qu'aux hommes trop «pelleteux de nuages» pour régler vraiment les problèmes. Une petite statue de la mère du Christ aiguillait donc ses prières et cette statue trônait dans une plate-bande l'été, puis revenait à l'intérieur pour l'hiver.

Vitrail de la nouvelle salle de concert Bourgie
La Vierge était ainsi l'objet de nombreuses oraisons et ma mère, avec un côté humoristiquement païen, menaçait de lui mettre la tête en bas lorsqu'elle n'exauçait pas assez rapidement ses vœux. Mais, pendant la saison hivernale, si la mésentente s'étalait sur une trop longue période, pour réveiller les ardeurs de Marie, ma mère lui faisait faire un petit séjour entre les deux fenêtres des châssis doubles, histoire de l'exposer au froid revigorant qui saurait certainement ramener la sainte à ses devoirs!


***


On n'est pas sans séquelles la fille de pareille femme…



Ayant récemment constaté qu'un malotru avait joyeusement égratigné ma petite voiture bleue toute neuve sans laisser sa carte de visite, je décidai illico d'envoyer la médaille de St-Christophe, patron des conducteurs, offerte en grande pompe par ma tante Jeannette, réfléchir au fond du coffre à gants pour un certain temps!

Il faudra toutefois la ressortir bientôt, car outre les châssis doubles, l'hiver est aussi la saison des accrochages.

Thank you very much indeed!


As I've spent my first seven years in the States, I speak mostly English even if my dear, dear mistress is trying to teach me French and a little bit of Italian.

I just wanted to say that I was deeply touched by your messages. I'm feeling quite well now and I'm ready for new adventures –quiet ones though!- with MJ.


See you soon


Honey Comb



samedi 26 novembre 2011

Un grand merci à tout le monde

Bonjour à toutes!

Je vous remercie beaucoup pour toutes les suggestions que j'ai prises en note!  J'ai déjà commandé certains livres et je vais en réserver d'autres à la bibliothèque.  Je me prépare donc de fort belles vacances de fin d'année!

Pour le moment, je suis toutefois un peu dépassée par les événements et très fatiguée.  Les deux dernières semaines de la session sont toujours chargées de corrections et, la fatigue aidant, je tire encore plus de la patte!

Pour arranger les choses, mon chien que j'adore a été attaqué par une bête furieuse, ce qui l'a passablement sonné et moi aussi.  Il y a eu plus de peur que de mal, mais tout de même! Cette vieille dame paisible -je dis toujours mon chien, mais c'est en fait une chienne!- qui s'est fait terrasser par un monstre noir alors que nous passions simplement dans la rue, c'est trop proche de ce qui vivent les humains pour ne pas faire un peu d'anthropomorphisme traumatisant!

Je vous reviens donc bientôt, une fois que nous nous serons remises de nos émotions et bien reposées.

J'espère que chacune d'entre vous se porte bien.

Au plaisir

Marie-Josée et Honey




lundi 21 novembre 2011

Appel à tous!

En janvier prochain, je donnerai à nouveau le cours consacré à la littérature française du XXe siècle.  Je garde Combray comme oeuvre inaugurale et j'enchaînerai probablement avec l'Antigone d'Anouilh à laquelle j'ai très envie de joindre, cette session, l'étude de Médée du même auteur, car notre petite société a été marquée, l'été dernier, par le procès d'un chirurgien qui a assassiné ses deux enfants après sa rupture avec leur mère.  Je n'aime pas beaucoup le sordide, mais il me semble approprié de réfléchir avec des filles et des grands garçons de dix-huit ou dix-neuf ans, à ce que veut dire l'engagement et à cette violence qui n'est jamais bien loin au fond de la nature humaine.


Par contre, pour la troisième oeuvre, je voudrais varier un peu.  J'étudie, depuis un bon moment déjà, La Virevolte, à mon sens, le meilleur roman de Nancy Huston, qui plaît beaucoup aux élèves.  J'aimerais toutefois, cette session, remplacer le Huston par une oeuvre qui me permettrait de parler de peinture.  J'ai songé à La bulle de Tiepolo, mais c'est peut-être un peu bref.  La jeune fille à la perle est une oeuvre traduite et il me faut expressément un roman écrit par un auteur français du XXe ou du XXIe siècle. 


Est-ce que quelqu'un aurait lu quelque chose qui répondrait à ces critères et qui serait susceptible d'intéresser des étudiants qui ont l'âge mentionné plus haut?  Optimalement, j'aimerais une oeuvre me permettant de parler de toutes sortes de détails techniques au sujet de la peinture tout en évoquant un courant particulier... Oui, je sais, je pourrais l'écrire, mais, pour janvier, c'est un peu juste ;0)


J'attends vos suggestions et, si nous ne trouvons pas, nous pourrons toujours faire un roman à plusieurs voix!


Bonne semaine!


Détail de la Fresque des Québécois (Basse-Ville de Québec)


samedi 19 novembre 2011

Petit clin d’œil en attendant…


Ayant terminé une pile de copies pour faire cesser le harcèlement de mes étudiants, je croyais pouvoir disposer de ma fin de semaine pour vaquer à des occupations plus roboratives, mais, patatras! vendredi m'est parvenue une enveloppe avec la seconde section du manuel que je révise en ce moment pour une maison d'édition québécoise.
Pour maintenir tout de même le contact avec mon public en délire, j'ai eu l'idée de vous communiquer une information qui m'a amusée, car, de certaines choses, il vaut mieux sourire pour ne pas se mettre à pleurer.

Le Québécois moyen, lorsqu'il ne traverse pas la frontière américaine à un poste désigné, sait tout de même rapidement qu'il ne se trouve plus chez lui : si, tout à coup, les femmes ont pris une vingtaine de kilos ou plus, c'est qu'il vient de pénétrer sur le territoire de nos voisins du sud. Il est vrai que lorsqu'il est impossible de commander la moindre omelette sans qu'elle soit composée de six œufs, l'épidémie d'obésité apparaît comme une conséquence normale. À noter que je ne parle pas de New York, mais New York, c'est si peu l'Amérique…

La première dame des États-Unis a donc entrepris une croisade contre les kilos en trop, mais elle n'est certainement pas au bout de ses peines. Comme les enfants américains rejoignent beaucoup plus rapidement qu'avant leurs parents en matière d'obésité, on a entrepris de réviser le menu des cafétérias scolaires pour en écarter le junk food. Le lobby des fabricants d'aliments surgelés a toutefois remporté une victoire éclatante pour maintenir la pizza dans les écoles en faisant avaler au congrès américain que la pizza doit être maintenue au menu puisqu'elle représente une portion de légumes : n'y a-t-il pas au moins deux bonnes cuillères à soupe de sauce tomate sur chaque pointe?

 Qu'ajouter à cela? un ou deux champignons ;0)?


 

Times Square déserté pour cause de 25 décembre...


dimanche 6 novembre 2011

Vous avez dit «orgueil»?

Jean Anouilh

Avez-vous déjà tenté de définir le mot «orgueil»? je sais... Je rappelle souvent à mes étudiants que la chose qu'ils utilisent pour tenir ouverte la fenêtre de leur appartement vétuste a une fonction première, trop oubliée, qui est celle de fournir les définitions des mots.

Mais le dictionnaire ne dit pas toujours tout et lorsque j'essaie de préciser ce que l'usage met dans le mot «orgueil» et ce que j'y ajoute, il me semble que la définition du dico me serait de peu d'utilité...

Peut-être le mot «orgueil» a-t-il mauvaise presse dans  notre Occident à cause du péché d'orgueil longtemps considéré comme l'un des sept péchés capitaux et pourtant...

Lorsque Créon fustige l'Antigone d'Anouilh en la traitant d'orgueilleuse, retrouvant en elle l'orgueil de son père, Oedipe, il est certain qu'il ne lui fait pas un compliment.  Pour ma part, j'avoue un petit faible pour cette orgueilleuse d'Antigone même si, l'âge aidant, j'évolue petit à petit pour reconnaître que la définition du bonheur de Créon est tout de même plus reposante...

Alceste fait-il preuve d'orgueil lorsqu'il dit à Philinte :

Je voudrais, m'en coutât-il grand'chose,

Pour la beauté du fait avoir perdu ma cause.

Est-ce orgueil, fierté, superbe ou simple entêtement voisinant l'infantilisme de sa part? Cela dépend de la lecture et Dieu seul sait si Le Misanthrope a donné naissance à toutes sortes d'excès.  Je suis encore honteuse, connaissant la pièce par coeur depuis fort longtemps, d'avoir été la seule à applaudir à la fin du texte, il y a quelques années, alors que le metteur en scène avait jugé bon de lui ajouter une rallonge montrant Alceste errant dans une sorte d'antichambre de palais, ce qui était censé signifier que l'homme aux rubans verts était en proie à un accès de folie!


Mais laissons Molière pour revenir à Anouilh, car il est la cause de cette réflexion autour de l'orgueil.

Tout le monde connaît l'Antigone évoquée plus haut, car c'est l'une des rares pièces que la tradition scolaire a retenue de l'oeuvre abondante du dramaturge.  Il est vrai, pour avoir lu plusieurs autres pièces, que l'affrontement de Créon et de sa nièce a une dimension qu'on ne retrouve pas ailleurs.  Je parcours toutefois en ce moment un recueil de fables qu'Anouilh avoue sans prétention et qui sont, de son aveu même, «le plaisir d'un été».  Certaines fables sont originales, mais d'autres sont des réécritures à la manière de ses adaptations de Sophocle par exemple.  L'une d'elles m'a particulièrement retenue à cause de sa chute.  Jugez-en plutôt :

                              Le chêne et le roseau

Le chêne un jour dit au roseau :

« N'êtes-vous pas lassé d'écouter cette fable ?

La morale en est détestable;

Les hommes bien légers de l'apprendre aux marmots.

Plier, plier toujours, n'est-ce pas déjà trop

Le pli de l'humaine nature ? »

« Voire, dit le roseau, il ne fait pas trop beau ;

Le vent qui secoue vos ramures

(Si je puis en juger à niveau de roseau)

Pourrait vous prouver d'aventure,

Que nous autres, petites gens,

Si faibles, si chétifs, si humbles, si prudents,

Dont la petite vie est le souci constant,

Résistons pourtant mieux aux tempêtes du monde

Que certains orgueilleux qui s'imaginent grands. »

Le vent se lève sur ces mots, l'orage gronde.

Et le souffle profond qui dévaste les bois,

Tout comme la première fois,

Jette le chêne fier qui le narguait par terre.

« Hé bien, dit le roseau, le cyclone passé

- Il se tenait courbé par un reste de vent -

Qu'en dites-vous donc mon compère ?

(Il ne se fût jamais permis ce mot avant.)

Ce que j'avais prédit n'est-il pas arrivé ? »

On sentait dans sa voix sa haine

Satisfaite. Son morne regard allumé.

Le géant, qui souffrait, blessé,

De mille morts, de mille peines,

Eut un sourire triste et beau

Et, avant de mourir, regardant le roseau,

Lui dit : « Je suis encore un chêne ».


Quoique qualifié d'orgueilleux, ce chêne ne vous est-il pas immensément sympathique?  Le mot est trop familier; je dirais plutôt qu'il suscite l'admiration par cette fierté qu'il conserve malgré ses déboires et l'approche de la mort.

Qu'en pensez-vous?









dimanche 30 octobre 2011

Trick or treat! Happy Halloween!



pour mes nièces

Détail du tableau de Breughel l'Ancien, La lutte de Carême et de Carnaval.


Les citrouilles et les sorcières s'animent, le soir venu, attendant les fées, les petits monstres, les squelettes ou les derniers personnages à la mode qui déambuleront demain soir dans les rues. Pour quelques heures seulement, la nuit noire devient accueillante pour les enfants qui réclament, au seuil de chaque maison, bonbons et sous pour l'Unicef lorsque la fête se fait utile.

 
Le Québec des dernières décennies a ainsi rejoint la mer anglo-saxonne dans laquelle il tente, tant bien que mal, de surnager. Auparavant, on célébrait plutôt ici le «mardi gras», fête ressemblant à l'Halloween à cause des costumes que l'on revêtait alors pour célébrer le dernier jour de bombance avant l'entrée en carême consacrée par le mercredi des cendres.


Née à la fin du dix-neuvième siècle, ma grand-mère paternelle était une grande joueuse de tours devant l'Éternel, peut-être parce que celui-ci lui en avait joué tout un, à sa naissance, en l'affublant d'un prénom qu'elle abhorrait : Isoline! J'ai pensé, beaucoup plus tard, que ce prénom dérivait probablement du mot italien «isola». Des ancêtres dans la botte? Pourquoi pas. De petite stature, presque toujours vêtue de noir, ma grand-mère aurait très bien pu s'asseoir, pour prendre le frais, au seuil d'une petite maison blanche du bassin de la Méditerranée. Malgré ses croyances religieuses, comme elle aimait se costumer, elle adopta assez facilement la fête de l'Halloween pour remplacer le «mardi gras» qu'on ne «courait» plus guère, comme le voulait l'expression, après la Révolution tranquille. C'est ainsi qu'elle décida un 31 octobre de revêtir l'habit de noces de son mari pour se mêler aux enfants qui allaient recueillir des friandises. Maquillée, coiffée d'un chapeau melon, elle alla donc frapper à la porte du garage d'en face pour présenter son sac afin qu'on y dépose des sous et des bonbons. Mon grand-père maternel se trouvait alors en grande discussion avec son ami le garagiste Hollinger. En souriant, il fit tout haut cette réflexion : «Y'en a des pas jeunes, jeunes qui passent c't'année!», puis il poursuivit la conversation.


Le lendemain matin, après le déjeuner, il traversa chez ma grand-mère paternelle pour lui raconter les aventures du soir précédent et ma grand-mère de répondre : «Je l'sais monsieur Leroux, c'était moi!» Mon grand-père ne voulut pas la croire et elle dut ressortir l'habit de noces retourné dans sa housse pour prouver ses dires!

***
 Le garage de monsieur Hollinger a brûlé quelques années plus tard et je n'ai plus de grand-père ni de grand-mère depuis bien longtemps, mais le souvenir reste vivace de cette femme ricaneuse au ventre rebondi qui riait tellement qu'elle finissait parfois par en perdre son dentier!
 

dimanche 23 octobre 2011

En guise de réponse…


Dans mon billet précédent, j'exprimais sur le vif une certaine lassitude devant l'attitude, pour reprendre le mot de Tilia, un peu désinvolte de beaucoup de mes étudiants.


Maia et Françoise (autourdupuits) se sont voulues rassurantes et le dernier billet de Françoise montre bien qu'elle parle en toute connaissance de cause puisqu'elle est amenée à côtoyer beaucoup de jeunes grâce, entre autres, aux petits festins qu'elle leur concocte en maman attentive doublée d'une cuisinière hors pair d'après ce que son blog annonce. Elles ont donc toutes deux évoqué le respect ou la reconnaissance manifestés par certains jeunes à l'endroit de leurs enseignants…


Le hic, c'est que cette reconnaissance qui mettrait certes un peu de baume au cœur est rarement exprimée aux principaux intéressés, pour différentes raisons. Au Québec, le temps limité de contact (16 semaines au collégial) joue en défaveur de l'approfondissement du rapport, car, de part et d'autre, à peine apprenons-nous à nous connaître qu'il est déjà temps de passer à une autre session.


Je crois par ailleurs que l'aura de l'enseignant s'est beaucoup ternie au fil des décennies. Je ne connais pas la situation de l'Espagne, mais les baladodiffusions et les bulletins d'informations français que j'écoute me montrent bien que le prof est souvent perçu comme une quantité négligeable, pas plus reconnue par la société que par les étudiants. Le savoir que nous dispensons, surtout dans un domaine comme la littérature, apparaît comme vieillot, et complètement dépassé, sans compter le fait que la fragmentation de l'attention engendrée par divers phénomènes dont la surconsommation des média électroniques de toutes sortes nuit beaucoup, peut-être de façon irréversible, à certaines capacités, comme celle de lire des textes longs qu'imposent les études philosophiques et littéraires.


Ma vision des choses est pessimiste? Un peu…il me semble que, pour agir, il faut reconnaître, nommer et circonscrire correctement les problèmes et je ne suis pas certaine que ce soit ce que nous sommes en train de faire. L'énergie dispensée, parfois même dispersée, en classe laisse peu d'allant pour une réflexion approfondie sur les mutations que nous vivons et qui ont un impact majeur sur ce qui se passe en classe.

Souhaitez-moi donc surtout une santé plus florissante que ces dernières années, car il en faut beaucoup pour qui a dorénavant la prétention de faire oeuvre d'enseignement.

mardi 18 octobre 2011

Petit coup de gueule ou de lassitude

Comme certaines d'entre vous me l'ont souligné, une fracture de stress ou de fatigue, selon le pays où elle se produit, nécessite avant tout du repos.  J'ai donc décidé de prendre une journée de congé de maladie ce mardi.

J'ai de plus prévenu tous mes étudiants, comme les nouveaux médias nous le permettent, que je me présenterai demain à neuf heures trente plutôt qu'à neuf heures pour éviter la conduite automobile pendant l'heure de pointe, car le talon est moins efficace que le pied tout entier (!) pour arriver à bon port.

Pouvez-vous croire que, malgré le fait qu'ils possèdent tous un cellulaire greffé à la main, aucun ne m'a envoyé la confirmation demandée de la réception de mon message, pourtant expédié à la première heure ce matin? En serai-je quitte, demain, pour me retrouver devant une classe vide?  En ce cas, ce qui sera le plus dommage, c'est que je ne pourrai pas les battre avec ma toute nouvelle canne!!!


Comprend-on un peu mieux ma prédilection pour les bêtes qui ne sont pas celles que l'on croit...


dimanche 16 octobre 2011

L’automne à cloche-pied…




J'avais prévu toutes sortes de choses pour cette semaine de relâche me permettant d'émerger un peu des préparations et des copies et puis CRAC, frature de stress au pied droit!  Le remède contre les entorses de Michelaise n'ayant pas d'effet sur les métatarses fêlés, j'en serai quitte pour un repos certes mérité, mais qui arrive à un bien mauvais moment.

J'ai donc consulté mes fichiers photographiques pour ressortir quelque flamboyance automnale des années antérieures puisque je devrai, cette année, me contenter d'admirer le tout à travers la fenêtre panoramique du salon.
 

Voici donc deux photos incendiaires avec, en prime, celle du grand chient dont les couleurs se marient fort bien à celles de ma saison préférée. 


L'érable canadien dans toute sa splendeur


jeudi 15 septembre 2011

Les confitures

Compulsant le vieux recueil de dictées que je possède depuis presque quarante ans, j'y ai retrouvé un petit texte qui m'avait bien fait rire à l'époque où j'étais moi-même écolière. Il est un peu suranné, comme son auteur dont je viens d'ailleurs de découvrir la drôle de bouille en songeant à ce billet. Internet a parfois de ces mauvais côtés.  Ma lecture ancienne de la Chronique des Pasquier m'avait fait imaginer un vieux monsieur ressemblant un peu au père des Thibault, autre roman-fleuve de la même époque, que Roger Martin du Gard avait dessiné. Ce n'est pas tout à fait cela... Mais laissons donc l'homme dormir au milieu des pages virtuelles pour revenir à notre petit texte que je vous transcris pour le plaisir, car il me semble tout à fait de saison...

Le jour que nous reçûmes la visite de l'économiste, nous faisions justement nos confitures de cassis, de groseille et de framboise.

L'économiste, aussitôt, commença de m'expliquer avec toutes sortes de mots, de chiffres et de formules, que nous aurions le plus grand tort de faire nos confitures nous-mêmes, que c'était une coutume du Moyen Âge, que, vu le prix du sucre, du feu, des pots et surtout de notre temps, nous avions avantage à manger les bonnes conserves qui nous viennent des usines, que la question semblait tranchée, que bientôt personne au monde ne commettrait plus jamais pareille faute économique.

«Attendez, Monsieur! m'écriai-je. Le marchand me vendra-t-il ce que je tiens pour le meilleur et le principal?
- Quoi donc? fit l'économiste.
-Mais l'odeur, Monsieur, l'odeur! Respirez : la maison tout entière est embaumée. Comme le monde serait triste sans l'odeur des confitures!... Ici, Monsieur, nous faisons nos confitures uniquement pour le parfum. Le reste n'a pas d'importance. Quand les confitures sont faites, eh bien! Monsieur, nous les jetons.»

Le fantôme maternel, au-dessus du haut chaudron noir moucheté de blanc, cuisait aussi ses confitures de fraises pour que nous puissions en déguster la mousse d'un joli rose sur des tartines de pain bien épaisses, légèrement beurrées.

samedi 3 septembre 2011

Des nouvelles du jardin


Dans moins de trois semaines, l'automne arrivera officiellement à nos portes avec sa panoplie de couleurs incendiaires. Les bernaches, qui dorment la nuit dans une anse abritée de la rivière, survolent quotidiennement le jardin pour aller se nourrir dans les champs et se constituer ainsi des réserves pour le long voyage qu'elles entreprendront bientôt.

De nouveaux visiteurs ont parcouru le jardin, plus ou moins bien accueillis par le grand chien : le raton en a été pour ses frais et a trouvé refuge dans un arbre; la marmotte, plus tenace, a agrandi son terrier et les galeries qui y conduisent s'offrant même une sortie de secours à même la pelouse.Ni l'un, ni l'autre n'a trouvé le chemin du potager; seul Jeannot lapin s'est permis de grignoter quelques pommes tombées au sol avant que je ne puisse les récupérer pour en faire de la compote citronnée pleine de vitamine C pour lutter contre les rhumes qui ne manqueront pas d'agrémenter la saison froide.



Quant aux olives… il leur faudrait quelques mois supplémentaires pour arriver à maturité! Les raisins de la vigne vierge n'attendent, par contre, qu'une première gelée pour livrer tout leur sucre. Le cousin en fera du vin… piquette? Au moins se sera-t-il amusé quelque temps. Il me reste une bouteille de vin de cerises élaboré par ma grand-mère. Il date de 1969 et a pris la couleur ambrée du cognac. Je doute toutefois fortement qu'il en ait le goût! Je garde donc la bouteille, qui est jolie, pour le souvenir!


 
Ainsi va la vie au cœur du jardin qui s'apprête à entrer en dormance pour l'hiver.

samedi 20 août 2011

Retour en classe



L'imminente rentrée me voit songeuse pour diverses raisons.

Je constate, évidemment, comme à chaque retour en classe, que je n'ai pas fait le quart du tiers de ce que j'avais projeté, même si je dois bien reconnaître que cet été tout domestique m'a permis de régler plusieurs petites choses qu'on laisse toujours traîner en attendant les grandes vacances puisque longues vacances il y a dans le monde de l'enseignement. Mais ce n'est pas cela qui retient le plus mon attention.
Au hasard de la réorganisation et de l'exploration de ma bibliothèque, je suis tombée sur un petit ouvrage pour enfants d'Anna Gavalda, déjà lu au moment de son achat, puis recouvert par le souvenir des lectures subséquentes d'autres livres qui avaient plus longuement retenues mon attention : 35 kilos d'espoir. Comme dans La Vie devant soi de Gary ou dans L'Amélanchier de Jacques Ferron, qu'il faudrait aussi relire, c'est un narrateur enfant qui nous raconte son histoire : Grégoire. Sa maîtresse de CP, Marie, la seule personne de l'Éducation nationale qu'il a aimée, dit de lui : «Ce garçon a une tête en forme de passoire, des doigts de fée et un cœur gros comme ça. On devrait pouvoir en faire quelque chose.» Avec pareils attributs, vous pouvez peut-être deviner ce que disent les premières phrases de cet ouvrage : «Je hais l'école. Je la hais plus que tout au monde. Et même plus que ça encore… Elle me pourrit la vie.»
Ce jeune Grégoire fait donc partie de la grande famille des cancres, celle du Bamban du Petit Chose de Daudet, tellement nul qu'il parvient à gâcher une simple page de bâtons, exercice préparatoire à l'apprentissage de l'écriture. Grégoire a pourtant, pour moi, un visage singulier.

À chaque rentrée, je me retrouve en effet en présence de grands garçons qui s'ennuient dans mes cours, à périr la bouche ouverte; ils le savent, je le sais; ils savent que je le sais, car ils ne cherchent même pas à dissimuler leurs bâillements, souvent fort peu discrets. Ce ne sont pas tous des Grégoire. Ils n'ont pas tous des doigts de fée et la bosse du bricolage, certes, et pourtant! Il me semble que plusieurs, parmi eux, seraient tellement plus heureux dans un atelier à apprendre quelque métier qui leur permette de s'activer plutôt que de passer de longues heures à attendre que le temps si précieux file.

Je sais. Mon commentaire est un tantinet réactionnaire et j'ajouterais même sexiste. J'aurais très bien pu parler aussi des filles qui s'embêtent en classe, mais elles sont moins nombreuses, me semble-t-il. Quant à la valorisation du travail manuel, à l'ère de l'informatisation et du surdéveloppement du secteur des services, peut-être y a-t-il beaucoup d'appelés et peu d'élus. Je constate cependant, lorsque je fais appel aux différents corps de métier dont j'ai besoin pour entretenir ma demeure, que l'électricien, le plombier, le maçon sont vieillissants et n'ont pas de relève. Ce sont pourtant de bons métiers, fort bien rémunérés… Cherchez l'erreur!

Je vais donc me retrouver lundi devant mes grands garçons endormis. Ils ont droit à Molière et à Zola… mais que retiendront-ils de ce que j'essaierai de leur raconter? S'ils étaient apprenti doreur et que quelque chantier de Versailles les appelle, Molière prendrait un autre sens. Point de Versailles au Québec et une industrie de la construction qui met de l'avant la rapidité plutôt que le travail bien fait. Bien sûr, je suis un vieux professeur et j'ai donc quelques tours dans mon sac pour réveiller, l'espace de quelques instants, leur attention. Un petit détour du côté de l'impressionnisme en utilisant le prétexte de la présence du peintre Claude Lantier dans Le Ventre de Paris. Et les histoires de vessies de porc qui servaient de réceptacles pour les couleurs avant l'invention des tubes en étain. Cela les accroche quelques minutes… Mais suis-je en train, ce faisant, de parler de littérature?

 Tilia pourra peut-être m'aider pour ma conclusion. Il y a quelques années, en 2003, j'avais vu une exposition au Musée national des Beaux-Arts d'Ottawa consacrée à Watteau, Boucher et Fragonard et à quelques autres peintres de scènes de genre au XVIIIe siècle. J'étais restée en contemplation devant deux tableaux montrant des enfants, une sorte de diptyque : d'un côté, des enfants aisés qui semblaient s'ennuyer ferme auprès de leur précepteur et de l'autre, des apprentis, tout aussi jeunes, mais beaucoup plus alertes qui s'essayaient à répéter les gestes proposés par le maître. Malgré le fait que j'enseigne depuis presque trente ans si je tiens compte de mes premières supervisions d'élèves de troisième alors que j'étais en terminale et de l'accompagnement des Boat people arrivés au Québec au début des années quatre-vingt, je ne suis toujours pas certaine que l'école pour tous avec ce qu'elle implique comme structure soit la meilleure des choses. Ayant une phobie assez marquée pour la position assise, je comprends tout à fait mes élèves d'avoir envie de bouger. La formule italienne, avec les cours pendant la seule matinée, me semble bienvenue quoiqu'elle implique des mamans à la maison pour recevoir les enfants à mezzogiorno… Quadrature du cercle. Et l'évolution de la société ne nous achemine guère vers une revalorisation du travail manuel hormis celui qui consiste à taper sur les touches d'un clavier. Il est bien perdu l'équilibre qui conduisait Churchill à faire alterner quelques pages d'écriture avec un rang de briques bien posées, ajustées avec un petit coup de truelle et un peu de mortier!

site où se trouve cette photo

À défaut de pouvoir réinventer Summerhill, il me faudra donc reprendre le chemin de l'école ce lundi!


P.S. Le petit livre d'Anna Gavalda m'a servi de prétexte, mais il mérite mieux. À travers les yeux de Grégoire, on découvre sa famille et l'impact que ses difficultés scolaires provoquent. Ses parents, découragés et éprouvant certaines difficultés dans leur couple, n'aident guère leur fils unique dans son parcours. Heureusement que son ingénieur de grand-père, Léon, saura trouver les mots qui aideront Grégoire à faire un bout de chemin. Ce rapport entre l'aïeul et le petit-fils est très beau et mérite qu'on s'y attarde. À vrai dire, ce livre de Gavalda pourrait servir d'amorce pour sortir un peu du dialogue de sourds qui s'instaure parfois entre parents et enfants ou même entre enseignants et étudiants, car celui qui enseigne occupe le plus souvent ce poste parce qu'il réussissait bien dans les matières académiques et il lui est donc parfois difficile de se couler dans la peau d'un «mauvais» élève et de voir le monde de son point de vue…

jeudi 4 août 2011

Lignes de faille


L'œuvre de Nancy Huston se déploie depuis trois décennies déjà. En 1993, la parution de Cantique des plaines et les remous ayant entouré la remise du prix du Gouverneur général ont contribué à faire connaître l'auteur au Québec. Nancy Huston a en effet la particularité d'être une Canadienne anglaise de l'Alberta ayant choisi d'écrire en français depuis sa migration en France au début des années soixante-dix. N'étant pas sa langue maternelle, le français lui apparaissait en effet comme dénuée de tabous en plus d'échapper au regard parental.


Huston a donc poursuivi son parcours en français jusqu'à ce Cantique, intitulé Plain Song en anglais, qui lui est venu qui luil est venu dans cette langue, car il se déroulait dans les plaines de l'ouest de son enfance et elle «entendait» donc les voix de ses personnages en anglais. Or, le prix du Gouverneur général lui a été attribué pour la meilleure œuvre en français, et cela a créé une polémique lancée par les éditeurs québécois qui auraient préféré que la récompense reconnaisse une oeuvre écrite directement en français. Comme Nancy Huston l'a rapporté à Stéphane Bureau dans un numéro de l'émission Contact en 1994, alors qu'elle se voyait naïvement comme un trait d'union entre ces deux solitudes qui caractérisent les vies parallèles des deux peuples fondateurs du Canada, elle est au contraire devenue une nouvelle pomme de discorde.

 

Gabrielle Roy en 1945

Le chemin parcouru depuis a été marqué par la publication de plusieurs romans et essais. Le prix Fémina, décerné en 2006 pour le roman Lignes de faille est toutefois venu réinscrire l'auteur dans l'histoire littéraire québécoise, Nancy Huston devenant alors la seconde Canadienne à remporter ce prix. Gabrielle Roy avait été la première, en 1947, pour le roman Bonheur d'occasion qui marquait de belle façon le passage de la journaliste à la carrière de romancière. Mais là s'arrête la comparaison. Bien que publié en 1945, Bonheur d'occasion est un grand roman réaliste du dix-neuvième siècle par sa forme très classique : situation spatio-temporelle précise, narration à la troisième personne, personnages bien campés. La modernité de l'œuvre, au moment de sa publication, tenait au cadre choisi, la ville, alors que la ruralité avait dominé les œuvres antérieures de la littérature canadienne-française.

 

Lignes de faille, au contraire, est un livre qui illustre parfaitement toutes les caractéristiques de la narration moderne. L'ouvrage est en effet subdivisé en quatre grandes sections qui correspondent à quatre moments précis dans le temps et à quatre narrateurs différents. Ces narrateurs sont liés par le sang et par l'âge, car ils racontent tous ce qui s'est passé dans leur vie alors qu'ils avaient six ans. Huston a, de plus, situé l'histoire de la sixième année de ces enfants à des moments-clés de l'histoire contemporaine : Solomon, Sol, a six ans en 2004 alors que se déroule la seconde guerre des Américains contre l'Irak; Randall, père de Sol, est âgé de six ans en 1982; il fréquente une école juive en Israël à Haïfa et se lie d'amitié avec une jeune Palestinienne qui lui tournera le dos à la suite du massacre perpétré par les phalangistes dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila au Liban; Sadie, mère de Randall et grand-mère paraplégique de Sol, est une petite fille élevée par ses grands-parents maternels pendant que sa mère poursuit une carrière de chanteuse en 1962 alors que naît le groupe des Beatles et que le président Kennedy est à deux doigts de déclarer la guerre à l'URSS dans la foulée de l'histoire de la baie des cochons. Kristina, enfin, voit sa sixième année bouleversée par l'arrivée dans sa famille allemande d'un jeune garçon qui lui révèlera sa véritable identité. Nous sommes à Dresde à la fin de la Seconde Guerre mondiale.  Cette chronologie inversée est une autre des particularités de Lignes de faille. Le secret qui sera révélé en fin de parcours oblige presque le lecteur à une seconde lecture puisque plusieurs éléments en apparence anodins des autres récits prennent un sens nouveau éclairé par l'histoire de Kristina.

Le style de Nancy Huston n'est pas, comme c'est le cas de Marguerite Duras par exemple, une voix reconnaissable entre toutes.  C'est d'autant plus vrai dans Lignes de faille qu'elle se coule dans la prose de chacun des enfants de six ans vivant à des époques différentes, depuis l'enfant-roi contemporain, Sol, jusqu'à son arrière-grand-mère dont l'enfance se déroule sous les bombes qui tombent sur le Troisième Reich.  L'intérêt de cette oeuvre réside donc dans ce qu'elle raconte, dans le ce que l'on découvre à la fin qui est un phénomène peu connu de l'histoire de l'Allemagne nazie.  Il me semble toutefois peu pertinent de l'évoquer ici, car c'est cet aimant qui oriente la lecture.  L'adaptation du roman de Bernard Schlink, Le Lecteur, a été beaucoup critiquée en Europe au moment de sa sortie à cause de la compassion qu'elle suscitait pour une ancienne garde de camp nazie.  Pour ma part, j'avais lu le livre peu de temps après sa parution, ce dont j'étais heureuse, car l'effet magistral des révélations de la troisième partie a porté beaucoup plus que pour les simples spectateurs du film puisque la bande-annonce avait bêtement défloré l'oeuvre... Je ne réserverai donc pas ce même sort au roman de Nancy Huston.

dimanche 31 juillet 2011

Ma bibliothèque

Plus qu'un petit mois de vacances! Je sais, je sais : la plupart des gens n'ont que deux minuscules semaines de vacances, et je fais donc partie de l'infime minorité qui peut se prévaloir de plusieurs semaines, j'ose à peine dire plusieurs mois de vacances par an.  Je rétorque toujours à cela qu'il ne faut pas envier les enseignants dont je fais partie pour cet avantage de leur profession, mais plutôt s'engager dans une lutte qui permettra à tous de bénéficier de congés plus substantiels dans leur profession respective.

Notons par ailleurs que ces longues vacances sont tout à fait bienvenues pour faire quelques lectures qui, durant l'année scolaire, sont toujours reléguées au second plan, le déchiffrage de copies toutes plus affriolantes les unes que les autres ( ! ) occupant l'essentiel de la pratique d'un professeur de littérature qui, paradoxe aidant, en vient à ne plus lire autre chose que les oeuvres dont il doit parler en classe.

Ces douces vacances, donc, m'ont amenée à faire une découverte dont j'aimerais vous entretenir : un petit logiciel en ligne qui permet de dresser un inventaire de vos découvertes ou possessions livresques  et qui se nomme «My library thing».  Oui, je sais, le titre est dans la langue de Shakespeare et, qui plus est, les utilisateurs sont en grande partie anglo-saxons.  Il serait peut-être donc intéressant que certains, parmi vous, transmettent cette adresse à quelques locuteurs francophones de manière à ce qu'on perde cette impression qu'il n'y a de grands lecteurs qu'anglais ou américains...

Je sais encore, je sais beaucoup de choses aujourd'hui, qu'il vaut mieux ne pas trop se disperser entre diverses plateformes, mais j'avoue que j'ai vu dans cette base de données commentée plusieurs avantages, entre autres, celui de pouvoir y renvoyer ceux et celles qui me demandent des conseils de lecture.  Je vais donc tenter de nourrir régulièrement «My Library» avec l'espoir d'y voir un jour inscrits les quelques milliers de livres que je possède et que j'ai lus au fil des décennies... malgré les copies!

Bonne lecture!
http://www.librarything.fr/home/mjdion 

mardi 5 juillet 2011

La lecture dans la vie

Pour faire suite à mon billet d'ânesse et réfléchir à nos pratiques de lecteur modifiées (altérées?) par la fréquentation assidue du numérique, écoutez l'émission Répliques de cette semaine sur France Culture.

lundi 4 juillet 2011

Une ânesse et son double...

Vous connaissez  l'histoire de l'âne de Buridan?  Pour ma part, je croyais qu'il était mort faute d'avoir pu choisir entre deux bottes de foin, mais, vérification faite, c'est plutôt entre son picotin d'avoine et son seau d'eau qu'il n'arrivait pas à se décider... Je préférais toutefois ma version, car elle servait mieux l'analogie  que je voulais établir entre les bottes et les piles de livres, mais bon...


Car lorsqu'arrivent les grandes vacances et que les piles de copies ont enfin disparu de mon horizon pour quelques mois, au lieu de me plonger avec délices et convoitise dans la lecture de mes ouvrages favoris, j'hésite, je tergiverse, je commence, j'abandonne, je reprends, je tourne autour... Il  y a la pile «littérature», la pile «Cégep», celle des essais...


- Mais, justement, dans l'un de ces derniers, L'éloge de la lenteur,l'auteur soutient qu'au coeur de la philosophie de la lenteur se trouve le principe qu'il faut faire moins pour faire mieux... Ne pourrais-tu utiliser ce précepte, avec lequel tu es au demeurant assez d'accord, et l'appliquer à ta boulimie livresque?


-You bet! Je peux toujours essayer. Ma réussite serait pourtant davantage assurée si j'appliquais à ma condition de lectrice celle qui a rendu l'écriture de Sade possible.


-Plaît-il? 


-Sade disait qu'il bénissait ses années d'incarcération, car, sans elles, il n'aurait probablement jamais rien écrit.



-C'est moins la claustration qui est requise que l'absence de sollicitations extérieures. N'est-ce pas d'ailleurs ce que soutient Hemingway au début du cinquième chapitre de cet ouvrage dont on vient de publier une version révisée : A moveable Feast?


-Oui.  Il est très explicite : «The only thing that could spoil a day was people and if you could keep from making engagements, each day had no limits.»


-Pas très sociable sauf lorsqu'il a faim et qu'il s'invite chez Gertrude Stein pour les bons alcools et les gâteaux. 


-Je pensais plus aux incitatifs qui viennent des médias. Par exemple, je suis en train de lire la dernière enquête de Brunetti, The Girl of his Dreams, et j'y prends un grand plaisir, car c'est un roman policier comme je les aime où la vie du héros, son entourage, les petits plats que prépare sa femme, Paola, occupent plus de place que les meurtres sanguinolents. Mais, patatras, au même moment paraît le nouveay Vargas, L'armée furieuse, et Vargas, c'est MA découverte dans le domaine policier ces dernières années et je suis donc tiraillée entre le désir de m'installer confortablement à Venise et celui de me précipiter sur L'armée furieuse!


-Deux policiers pour les sept semaines de vacances estivales encore en réserve, ce n'est pas la mer à boire!


-Mais non, mais, tu ne comprends rien!!! Il y a aussi les ouvrages de Colette que j'aimerais bien relire, puisqu'il faut toujours un Colette pour rafraîchir en temps de canicule.  Et Nancy Huston... Depuis Dolce agonia, je l'ai un peu délaissée et Une adoration, Lignes de faille et L'espèce fabulatrice attendent patiemment mon bon vouloir.  Sans compter Infrarouge que je ne possède pas encore...


-Tu ne lis que des auteurs féminins?


-Pas forcément, mais, comme les femmes produisent depuis moins longtemps, je peux vivre avec l'espoir de faire un jour le tour de ce corpus, parce que, pour les auteurs masculins, il faut remonter jusqu'à Homère... Misère! C'est vrai, je voulais lire les tragiques grecs aussi...


-Tu m'énerves!


- Je m'épuise moi-même, ce qui n'est pas la meilleure des idées : j'ai besoin de toute mon énergie pour commencer à entreprendre ne serait-ce que le début des permiers livres de mon programme de lecture!


-Sais-tu, je crois que je vais te laisser.


-Tu en as marre? Tu ne serais pas le premier.  Déjà, à l'école secondaire, une condisciple m'avait offert un signet qui disait : «Rejette la soif des livres, si tu ne veux pas mourir en murmurant, mais véritablement apaisé.»


-Peut-être as-tu retenu la phrase de Marc-Aurèle, mais, pour la leçon...