Petits essais en forme de notules

Malraux définit le lecteur par vocation comme celui qui jouit de «la faculté d'éprouver comme présents les chefs-d'oeuvre du passé»...



Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.






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mardi 12 novembre 2013

Énigme nord-américaine?

Me revoici donc...

Pour faire bref, disons que l'année 2013 sera à marquer d'une pierre noire plutôt que blanche dans mon cas. Je n'épiloguerai pas : nous avons toutes notre lot d'épreuves...

Plus intéressant, une petite énigme qui réjouira certainement Nathanaëlle, mais, cette fois-ci, je me demande dans quelle mesure je n'épuiserai pas ses ressources de fin limier.

Car je crains que le phénomène ici évoqué soit plus nord-américain qu'européen... Nous verrons bien. Après tout, il y a chez vous des lectrices de romans américains et il y en a un qui m'est tout de suite venu à l'esprit en préparant mon énigme. Deux personnages principaux : un grand, plus ou moins intelligent, mais très sensible aux animaux, et un petit, plus malin...

Mais ma devinette repose surtout sur les images qui suivent : 






Excusez les pastilles de lumière : j'étais au Musée des Beaux-Arts dans l'une des expositions et je n'ai pu les éviter...

Ces quelques images sont associées à l'une des expositions présentement en cours et qui m'a réjouie vu mon grand amour du sujet dont j'ai d'ailleurs déjà parlé ici.

Vous en ai-je assez dit?  J'ajouterai un autre indice jeudi...

Amusez-vous bien ou pestez contre la revenante, à votre goût!

@ +

MJ


vendredi 7 juin 2013

Photo de la semaine (54) : rouge ou bleu?



Non, me direz-vous : plutôt ROSE et bleu.  

Comme vous commencez à le savoir, j'ai une fâcheuse tendance à l'esprit de contradiction, et cela ne semble pas se résorber avec l'âge bien au contraire.  De toute manière, je n'aime pas le rose : enfant, j'étais d'un blond qui avoisinait le blanc. J'avais l'air de quoi dans les teintes pastel? D'une trépassée oui! Et, comme le petit Jésus m'a punie très jeune parce que j'ai toujours dit que je préférerais avoir les cheveux blancs plutôt que bruns, j'ai effectivement blanchi très tôt, à vrai dire l'année où mes parents ont eu la bonne idée de disparaître tous les deux à six mois d'intervalle alors que j'avais la mi-trentaine. Bon. 

Mais revenons-en à nos couleurs. Pastoureau nous expliquerait sans doute d'où vient ce couple de convention qui sert encore à préparer les chambres des futurs bébés lorsqu'on ne choisit pas tout simplement le jaune pour être sûr de ne pas se tromper.

Ne trouvez-vous pas, cependant, que ROUGE et bleu, c'est une lutte ou une complémentarité qui est plus d'égal à égal?

Toujours est-il que, cette semaine, à défaut de pouvoir faire un petit tour photographique à l'extérieur, car la pluie qui vous accable depuis des semaines nous a envoyé sa petite sœur avec de la froidure en prime, j'ai décidé de revenir un instant sur l'exposition consacrée au Pérou qui se termine dans une semaine pour laisser place à la grande exposition estivale sur les créations de verre de Chiuly dont je vous ai récemment montré une première manifestation. 

Je ne vous parlerai pas très longuement de l'exposition en elle-même. Je suis allée voir pour suivre les conseils de Michelaise qui dit qu'il faut élargir ses horizons même si l'on ne se sent pas d'affinités avec les sujets ou les artistes présentés, mais j'ai la tête dure et les arts précolombiens ne m'attirent guère d'autant que je suis tombée sur un vase qui présentait un Inca sacrifiant un chien! Du coup, je me suis précipitée vers la sortie. Des humains, passe encore, mais pas des chiens!

Or, la dernière salle m'a retenue, car on y présentait des peintures relevant de ce courant que je venais de découvrir dans l'ouvrage que Le Clézio a consacré à Diego et Frida : l'indigénisme. Il s'agit d'un mouvement politique et artistique tendant à revaloriser la culture indienne effacée ou mutilée par les conquêtes espagnoles.  Je me suis d'ailleurs fait la réflexion que je n'avais jamais entendu parler de quelque chose de similaire au Québec, mais il faudra que je creuse la question pour vous en reparler.

Julia Manuela Codesido Estenòs


Julia Codesido
L'oeuvre  que j'ai retenue, les trois chefs indiens, est d'une peintre péruvienne se nommant Julia Codesido (1892-1979) et date de 1950. Ce rouge qui donne préséance aux vêtements des trois chefs plutôt qu'à leur physionomie m'a aspirée. Il m'a d'ailleurs fallu un petit moment avant de comprendre que ces trois taches de couleur vive étaient des ponchos servant à recouvrir trois corps pour le moins grêles...En cherchant quelques informations au sujet de cette artiste j'ai constaté, une fois de plus, à quel point nos frontières culturelles sont en définitive plutôt étroites, car l'essentiel de la documentation sur le Web est en espagnol.  Comme c'est une langue que j'ai eu le plaisir d'étudier pendant quelques années, voici un résumé des infos colligées.

Cette jeune femme provient d'un milieu aisé, son père étant consul, ce qui lui a fourni l'occasion de séjourner en Europe  alors qu'elle était  à la fin de l'adolescence, période où les émotions ressenties atteignent un paroxysme qui ne sera plus qu'occasionnel par la suite.  Elle eut donc l'occasion de visiter plusieurs musées en France, en Angleterre, en Suisse et en Espagne et de sentir l'agitation artistique qui animait cette période de l'avant-guerre nommée la Belle époque à laquelle le Musée de la civilisation de Québec consacre d'ailleurs une exposition que j'ai hâte de visiter cet été. 

À son retour au Pérou, elle s'inscrivit à l'école des Beaux-Arts de Lima où elle fut également, par la suite,  professeur de peinture et de dessin. Je ne m'aventure pas à vous donner des dates, car il existe des erreurs manifestes dans l'article de Wikipédia qui sont relayées par d'autres sites que j'ai consultés. Je me contenterai donc de vous souligner l'importance de José Sabogal, autre peintre représenté à l'exposition, qui fut l'un de ses maîtres.  Si je vais un jour au Pérou ou, plus modestement, si je trouve quelque chose de plus étoffé à la bibliothèque, je vous apporterai ce complément d'information. Les ouvrages, plutôt européo-centrés que je possède comme le dictionnaire de la peinture de Laclotte et Cuzin chez Larousse ou L'Aventure de l'art (XXe siècle) de Ferrier ne mentionnent ni Codesido ni Sabogal pourtant considéré comme le chef de file du mouvement indigéniste péruvien. 

L'audioguide téléchargeable qui accompagne l'exposition met l'accent sur l'aspect résolument moderne de cette oeuvre qui appartient à la dernière période de production de l'artiste après son passage au Mexique en 1935 où elle fit notamment la connaissance de Rivera et d'Orozco. 

Je vous laisse sur une oeuvre antérieure, mais la préparation de ce billet m'a donné envie de faire un nouveau saut au Musée. Peut-être essaierai-je donc demain de me glisser entre quelques gouttes de pluie pour compléter mes connaissances...


Les chandelles, 1931



Je suis peut-être un peu volubile pour parler encore de «photo de la semaine», mais vous pouvez tout de même retrouver les autres participants chez Amartia qui ne m'en voudra pas...






dimanche 20 janvier 2013

Il était une fois l'impressionnisme (1)




À l'heure où j'écris ces lignes, la collection impressionniste des époux Clark s'apprête à quitter Montréal pour continuer ses pérégrinations en attendant que les cimaises de l'institut qui l'accueille généralement puissent la recevoir de nouveau.

Contrairement à mon habitude, je vais vous présenter à chaud quelques toiles photographiées ce vendredi, car je m'aperçois que, lorsque je veux approfondir et faire quelques recherches, pente naturelle liée à ma profession, je manque de temps et je finis par reléguer mon billet aux oubliettes. Soyez donc clémentes et que les expertes comme Tilia et Nathanaëlle fassent preuve de quelque indulgence : je ne suis pas certaine que mes admirations de béotienne leur apprennent grand'chose.

Fi des tergiversations : je me lance!

Première salle : 

Cette première salle était tout entière consacrée au paysage et à la nature morte, genres longtemps considérés comme mineurs, en pleine expansion dans la seconde moitié du XIXe siècle. Je n'ai pas de clichés de cette salle qui était, au demeurant, assez sombre, car ne voulant ni gêner ni être gênée, je me suis rapidement dirigée vers la seconde.  J'avais toutefois retenu quelque chose de ma visite de la semaine dernière : peut-être est-ce un fait que vous connaissez très bien, mais j'avoue que cela m'a touchée et que je me suis dit que j'en parlerais à mes étudiants qui sont souvent d'assez fervents défenseurs de la préservation de la nature : les peintres de l'École de Barbizon et, tout particulièrement, Théodore Rousseau, sont à l'origine de la préservation d'une section de la forêt de Fontainebleau s'étendant sur 1 097 hectares, constituée en réserve artistique.  Cela m'a rappelé l'action de l'illustratrice Beatrix Potter qui, à sa mort, légua plus de seize kilomètres carrées de terre au National Trust d’Angleterre afin que les paysages et les fermes qu'ils abritaient soient conservés.

À défaut de vous présenter mes photos de cette salle, voici la toile de Rousseau qui inaugurait l'exposition : La ferme des landes- la maison du garde (1844-1867).


Cette illustration est empruntée à la Berkshire review qui a consacré un article à cette toile au moment de son entrée dans la collection du Clark Institute en 2010.


Seconde salle : 

Pissarro, Monet et Renoir se côtoyaient dans cette salle. D'ailleurs, Renoir avait un rôle privilégié dans l'exposition, non seulement par le grand nombre de ses peintures, mais aussi par toutes les citations émaillant le parcours qui étaient toutes de sa plume.  De lui, j'ai retenu ce Coucher de soleil qui date de 1879 ou de 1881, on ne sait pas exactement. 




Le carton explicatif indiquait qu'on la rapprochait parfois d'Impression, soleil levant (1874) de Monet qui est à l'origine de l'appellation du mouvement. Ce qui m'a surtout retenue ici, c'est la touche  de Renoir dont l'extrême diversité m'avait frappée lors d'une importante rétrospective présentée en 2007 au Musée national des Beaux-Arts à Ottawa. De Renoir, je connaissais jusque-là ce que tout le monde connaît. Le détail ci-dessous d'une toile de la collection permanente du Musée de la capitale nationale est ce que l'on associe souvent à ce peintre : 


La touche assez léchée n'a plus aucune texture. C'est une toile assez tardive de Renoir (1902-1903) montrant son fils Claude dans les bras de sa nourrice, Renée Jolivet.  Cette oeuvre est d'ailleurs intitulée : Claude et Renée. J'avoue n'avoir pas beaucoup d'intérêt pour cette oeuvre et préféré nettement celle-ci : 

Cette toile s'intitule Près du lac et date de 1880.


qui est bien antérieure.

Mais je m'égare, car ces deux dernières oeuvres n'étaient pas présentes dans l'exposition dont je suis en train de vous parler.

L'heure avançant et les obligations domestiques se faisant plus pressantes -entendre grand chien faisant du chantage nezmotif, collie oblige, pour avoir sa promenade que je ne veux pas faire à cause du froid de canard- je vais vous laisser pour aujourd'hui sur cette toile de Monet que j'ai beaucoup aimée et qui met en scène non pas les colverts d'Aloïs, mais des oies : 

Les oies dans le ruisseau, 1874





C'est ici tout autant la luminosité de l'oeuvre dont les couleurs ne semblent pas avoir été ternies que la variété de la touche qui m'ont retenue. Voici ce que précisait le premier paragraphe du petit carton explicatif : «Le début des années 1870 constitue une période cruciale dans l'évolution artistique de Monet. Sa palette s'éclaircit et il peint de plus en plus souvent en petites touches répétées afin de saisir les effets de la lumière dans l'air, dans le feuillage qui bruisse ou sur l'eau qui ondoie. L'artiste utilise en général le format paysage -horizontal. Ici, contrairement à son habitude, il utilise ce rare format portrait.»

Je vous laisse avant que la direction de la protection des animaux n'intervienne, car je laisse mon grand chien aboyer depuis tantôt.  Il faut dire qu'elle n'est guère patiente!

Rendez-vous mardi en fin de journée si je ne meurs pas congelée d'ici là...












vendredi 18 janvier 2013

Photo de la semaine (39) : la petite danseuse de Degas



Vous la reconnaissez? Vous l'avez certainement déjà vue : c'est la petite danseuse de Degas adoptant une de ces positions si peu naturelles qu'on exige des ballerines.  Elle m'impressionne... comme souvent les sculptures dont la tridimensionnalité crée une présence que n'ont pas les peintures. Tout en elle n'est que tension.

La statue originale était en cire et elle avait reçu un accueil assez mitigé, en 1881, car Degas l'avait vêtue, comme l'est aussi cette réplique coulée en bronze aux alentours de 1920, d'un réel tutu de tulle, de même qu'il avait demandé à un fabricant de poupées de lui faire une queue de cheval donnant l'impression de véritables cheveux.  Certains critiques n'avaient guère apprécié cette touche naturaliste.

Pour ma part, cette oeuvre m'a remis en mémoire une expérience lointaine.  Vous connaissez le Sacro Monte d'Orta? Je viens de regarder quelques images à partir de Google, mais cela ne rend pas vraiment compte du souvenir que j'ai gardé, qui est toutefois vieux de trente ans.  La mémoire joue donc parfois des tours.

J'étais seule pour faire cette promenade qui devait m'acheminer de la résidence où j'habitais au petit traversier reliant la terre ferme à l'isola di San Giulio.  Je revois plusieurs petits édicules dont les fenêtres étaient obstruées par des barreaux. À l'intérieur, des personnages grandeur nature... des scènes bibliques? Je ne sais plus, car ils m'ont fait tellement impression que j'ai pris mes jambes à mon cou pour sortir le plus rapidement possible de la futaie et retrouver la lumière si douce sur le lac.

J'ai un problème avec la sculpture... Avez-vous parfois cette sensation vous aussi?



P.S. Vous pouvez voir ici une prise de vue de Christine de la version de la petite danseuse se trouvant à Orsay et un billet de Nathanaëlle...

***

Toujours est-il que c'est l'une des oeuvres que j'ai revues cette semaine au Musée des Beaux-Arts et que j'ai pu photographier, car le Musée a fait volte-face et a même permis les appareils sans flash -ce qui est tout à faits légitime- dans cette exposition temporaire présentant les chefs-d'oeuvre impressionnistes du Sterling and Francine Clark Institute. Je ne sais pas s'il en sera toujours de même pour les expositions temporaires, car l'institut Clark semble très libéral, invitant même ses visiteurs à enrichir la collection de clichés sur Flickr, mais, au moins, le droit de prendre des photos dans la collection permanente est-il rétabli, ce qui tombe pile pour le début de mon cours sur les courants artistiques. J'imagine donc que je n'ai pas été la seule à regimber et que  cela a contribué à faire peser la balance en faveur des photographes amateurs... Je me demande par contre où finissent tous les instantanés captés par les appareils téléphoniques.  Comme je ne veux pas avoir fait ces photographies pour le simple plaisir de les emmagasiner, je vous présenterai demain ou dimanche quelques peintures que j'aurai peut-être le plaisir de faire découvrir à certaines d'entre vous...

C'était ma participation à la photo de la semaine d'Amartia.


mercredi 21 mars 2012

MBAM : peintres canadiens (1) Horatio Walker

Ayant tardé à publier ce billet annoncé depuis un moment, je me retrouve à vous présenter un texte sur la glace alors que nous allons battre le record de chaleur pour un mois de mars puisque le thermomètre affichera bientôt 26 degrés : mon esprit de contradiction se trouve satisfait, mais, comme le disait très intelligemment le jeune fille de dix-sept ans que j'accompagnais dimanche à ses auditions pour son entrée en musique à mon Cégep : «C'est plutôt inquiétant!»


Liminaire

J'entreprends aujourd'hui une série de billets sur les peintres de la collection canadienne du Musée des beaux-arts de Montréal.  Ces artistes sont en effet assez peu représentés dans les bases de données ou les ouvrages de référence comme le Dictionnaire de la peinture de Laclotte et Cuzin aux éditions Larousse.  Étant un tantinet déformée par trente années bien comptées dans l'enseignement, je risque peut-être de devenir un peu didactique à certains moments.  Ayez, s'il-vous-plaît, la gentillesse de me le souligner pour que je m'amende, si besoin est.


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Parmi notre petit groupe de copinautes, comme dit Michelaise, plusieurs personnes s'intéressent d'assez près aux créations picturales : Nathanaëlle et Tilia, que je qualifierai de «spécialistes», présentent régulièrement des billets très fouillés sur les peintres qu'elles ont manifestement plaisir à nous faire découvrir alors qu'Alba ne laisse jamais passer une semaine sans nous montrer un de ses coups de coeur.  D'autres, comme Michelaise, Françoise, Anne, AnnaLivia nous baladent dans les expositions qui les ont retenues.  Norma occupe une place à part puisqu'elle nous dévoile régulièrement ses dernières oeuvres... Je ne veux pas allonger indûment cette liste et m'arrête donc ici, mais que personne ne se sente oublié.

Pour m'aménager un créneau qui ne soit pas trop redondant par rapport à ce que les autres «blogueuses» font très bien,  j'ai décidé de décrire avec une certaine minutie les oeuvres qui sont à la portée de mon appareil photographique et sur lesquelles j'aurai trouvé suffisamment d'informations pour que cela vaille le détour, car il reste encore beaucoup à faire dans le domaine de l'exploration de la peinture canadienne.

Avant de vous présenter la toile d'aujourd'hui, Les Coupeurs de glace d'Horatio Walker (1904), je prendrai quelques minutes pour évoquer le Musée des beaux-arts que certaines d'entre vous connaissent déjà.

Le Musée des beaux-arts de Montréal

Situé sur la portion ouest de la belle et riche rue Sherbrooke, le MBAM est consitué d'un ensemble de pavillons construits à diverses époques et reflétant donc les styles et les préoccupations architecturales des périodes où ils ont été érigés.

Contrairement au Musée d'art contemporain, entièrement public, le Musée des beaux-arts de Montréal était, à l'origine, une institution privée.  Même s'il reçoit dorénavant une part de subsides gouvernementaux, le Musée compte encore beaucoup sur la générosité des donateurs pour accroître ses collections ou développer ses infrastructures.

C'est ainsi que la famille Bourgie a récemment contribué à la réfection de l'Église Erskine and American acquise par le Musée, car le nombre de fidèles ne justifiait plus l’entretien d'un édifice aussi imposant.  Avec beaucoup de doigté, la firme d'architectes Provencher, Roy et associés a donc transformé l'intérieur de l'Église pour en faire une salle de concerts et de conférences en plus d'adjoindre, à l'arrière du bâtiment, une nouvelle construction destinée à recevoir la collection canadienne que le Musée a petit à petit constitué depuis la fin du dix-neuvième siècle.  Comme je ne dispose pas encore d'un grand angle, plutôt que de vous imposer des photographies plus ou moins ratées, je vous invite à cliquer sur le nom des architectes ci-dessus pour visionner les clichés réalisés par la firme, photographies et modélisations montrant bien les lieux où se trouvent les oeuvres dont je vous parlerai.

La glace et ses usages


Période glaciaire
fin février 2012 
L'hiver québécois ne se conçoit pas sans glace et même le réchauffement climatique n'y a rien changé.  Bien au contraire, l'alternance de redoux et de périodes de grand froid transforme les artères les moins fréquentées en patinoires improvisées pour le plus grand plaisir des petits et l'effroi des plus âgés dont je fais maintenant malheureusement partie!  Munie d'une canne que je nomme par pudeur mon «piolet», j'ai essayé, comme le grand chien, tout au long de l'hiver, d'éviter les chutes douloureuses malgré le «rond de glace» qui a sévi presque tout l'hiver au bas de mon entrée et dans la petite rue où se trouve ma demeure!


lMais fut un temps pas si lointain d'ailleurs où la glace jouait un rôle beaucoup plus utile dans le quotidien des Canadiens-français.  Mes tantes m'ont déjà parlé du pont de glace qui se mettait en place sur la Rivière-des-mille-îles lorsqu'elles étaient plus jeunes, ce qui évitait de bien longs détours pour aller visiter la parenté pendant la  période de réjouissances du temps des fêtes qui durait bien deux semaines à l'époque où la saison froide était aussi la  morte saison pour les activités agricoles.

Je n'ai pas retrouvé d'illustration de ce pont en particulier, car c'était une période où l'on était plus économe que maintenant dans le domaine des images.  Par contre, voici un pont de glace enjambant le St-Laurent pour joindre Québec et Lévis au XIXe siècle :

Crédit photographique


Je vous avoue, en toute honnêteté, que je ne suis jamais vraiment rassurée lorsqu'il s'agit de s'aventurer sur la glace, qu'il y ait ou non de l'eau en-dessous.  Il semble toutefois que ces points de glace peuvent encore rendre de très grands services lorsqu'il s'agit de joindre les communautés éloignées.


Les coupeurs de glace d'Horatio Walker (1904)


La toile d'Horatio Walker fait face à une autre toile pour laquelle je n'ai pas recueilli suffisamment d'informations pour en faire un billet.  Je l'intégrerai donc à cette présentation sur Walker, car les deux oeuvres traitent du même thème et éclairent deux modes différents d'exploitation de la glace en hiver, de la fin du dix-neuvième siècle aux années cinquante, période où la généralisation du réfrigérateur a fait disparaître l'industrie de la taille de la glace pour les fins de conservation des aliments.




L'oeuvre de Walker présente la taille de glace pratiquée par les paysans pour leur propre usage.  Mon grand-père, par exemple, coupait des blocs sur la Rivière-des-Prairies, puis les apportait dans un entrepôt un peu plus loin où il pouvait les reprendre selon ses besoins.  Le grand nombre de blocs aidaient à la conservation sur une plus longue période.

Pour en revenir au peintre qui s'est intéressé à ce sujet, Horatio Walker est originaire de Listowel, petite ville du sud de l'Ontario.  Il a cependant très tôt développé un lien privilégié avec la province voisine, le Québec;  il y viendra en effet fréquemment avec son père pour des voyages d'affaires. Conquis par la beauté des paysages visibles depuis l'île d'Orléans, au milieu du fleuve St-Laurent, il y établira son atelier principal, dans le village de Sainte-Pétronille.

Le tableau  ci-dessus présente d'ailleurs probablement une scène qu'il a pu observer dans les environs de son atelier.  La composition centrée de Walker met l'accent sur le travail de traction du cheval.  




Notre attention est attirée sur lui pour diverses raisons : présence au centre de la toile,  contraste de la tête et du harnais foncés avec le ciel lumineux d'hiver en arrière-plan et enfin présence de cette tache rouge qui est, je crois, la chemise que l'homme a enlevée, réchauffé par son effort malgré le froid ambiant, ce dont témoigne la fumée blanche s'échappant des naseaux du cheval comme le montre le détail ci-dessous : 



De part et d'autre de l'action centrale, deux hommes participent aussi à l'activité : celui de droite utilise une longue gaffe en guise de levier pour faciliter l'effort du cheval qui hisse le bloc hors de l'eau.  Celui de gauche, un peu plus éloigné, équarrit les blocs à la hache pour faciliter leur empilement dans la remise avant qu'ils ne soient recouverts de bran de scie pour retarder leur fonte.






L'autre toile que je voulais évoquer est celle de Maurice Galbraith Cullen.  Cette fois-ci, l'artiste a choisi de représenter l'exploitation commerciale de la glace comme on le constatera en voyant le grand nombre de travailleurs et de chevaux rassemblés au centre de la scène.




Blogger me posant des problèmes en déplaçant systématiquement la toile lorsque je tente de lui ajouter une légende, je ne m'obstinerai pas avec la stupidité de la machine et vous dirai donc que cette oeuvre, intitulée La coupe de glace à Longueuil, est un peu postérieure à celle de Walker puisqu'elle a été peinte en 1914.  Cullen a d'ailleurs peint trois autres tableaux en rapport avec ce sujet.  Municipalité située au sud de Montréal, Longueuil tirait grand profit de cette exploitation au début du siècle.

Contrairement à Walker, Cullen a choisi d'utiliser le tiers inférieur de sa toile, qui est tout de même de grandes dimensions (144,8 X 178,1 cm), pour y concentrer l'action, laissant ainsi beaucoup de place au ciel que l'on sent plombé par le choix de cette couleur inhabituelle qu'est l'ocre pour représenter l'azur...


Cullen a représenté la table de chargement qui permettait de hisser les blocs hors de l'eau de manière à ce qu'ils soient à la hauteur des traîneaux de chargement.  Si certains chevaux étaient réservés à la traction des blocs, d'autres, comme ceux qui s'éloignent à gauche, acheminaient la glace déjà taillée vers les entrepôts.



C'est donc à ces bêtes sans lesquelles le travail n'aurait pu être fait que Cullen a donné la place centrale, mais sans leur accorder un traitement aussi élaboré que celui de Walker qui a individualisé le cheval.



Plusieurs autres peintres comme James Duncan, Clarence Gagnon ou Thomas Garside ont représenté la coupe de la glace, mais, comme je me suis fixé comme règle de vous présenter les peintres que je peux photographier, il faudra attendre quelques voyages de découvertes au Québec pour que je sois à même de vous les présenter!

P.S. Vous excuserez la variation de l'arrière-plan.  Dieu seul sait pourquoi, Blogger me fait des misères avec les légendes : dès que j'essaie d'en ajouter une, tout le texte qui suit devient partie intégrante de cette légende.  Je crois qu'il faut les ajouter seulement à la toute fin, ce que j'essaierai pour la prochaine fois, mais, pour cette fois-ci, soyez indulgentes, car je n'ai pas envie de tout recopier malgré le respect que j'ai pour mes lectrices et mon goût de la perfection!

























samedi 10 mars 2012

Photo de la semaine (2) : l'oeil d'Altmejd


Cette sculpture s'intitule L'oeil; elle est de Davif Altmejd et se trouve située devant l'ancienne église néo-romane Erskine and American.  Cette  église a été achetée par le Musée des beaux-arts de Montréal et reconvertie en salle de concert intime...

Compte tenu du nombre de questions qu'a suscité cette photo, je crois que je dérogerai un peu aux règles en donnant quelques précisions complémentaires...



Cette photo est ma seconde participation à la proposition d'Amartia.

Cette sculpture de bronze a été commandée à David Altmejd pour accueillir le visiteur à l'entrée du nouveau pavillon du Musée des beaux-arts de Montréal.  Ce jeune sculpteur, né en 1974, est Québécois, mais il travaille, comme beaucoup d'artistes visuels, entre Montréal, New York et Londres.

Dans cet article, Altmejd explique certaines de ses choix : http://www.cyberpresse.ca/arts/arts-visuels/201109/26/01-4451592-inauguration-de-loeil-de-david-altmejd.php

En résumé :

-L'oeil est ce qui fait le lien entre l'intérieur et l'extérieur du corps;
-Le trou dans l'abdomen «symbolise une porte d'entrée vers l'art, la culture, la connaissance.»
-Il s'est inspiré tout à la fois des «figures debout» de l'art européen et de l'ange.

Voici un second cliché. La hauteur de la statue ne facilite pas la tâche du photographe qui serait mal vu de se promener avec échelle ou escabeau sur la rue Sherbrooke...






samedi 3 mars 2012

Photo de la semaine (1) : vache enneigée

Je me laisse tenter à mon tour par la proposition d'Amartia, car cela me permet aussi de faire un petit clin d'oeil au dernier billet de Danielle!




C'est une copine à quatre pattes rencontrée sur l'avenue du Musée à Montréal.  Elle m'a confié avoir aussi hâte que moi au printemps et pour cause!!!




  Amartia est à l'origine de cette proposition de photo de la semaine.  Vous pouvez consulter son blog à l'adresse ci-dessus pour découvrir les autres participants.