Petits essais en forme de notules

Malraux définit le lecteur par vocation comme celui qui jouit de «la faculté d'éprouver comme présents les chefs-d'oeuvre du passé»...



Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.






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mardi 29 janvier 2013

Il était une fois l'impressionnisme (2)



La température se montrant plus clémente depuis ce matin, nous pouvons reprendre notre visite puisqu'il nous reste encore deux salles à parcourir...

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Troisième salle :


C'est dans cette troisième salle que se trouve en son centre l'une des versions de la petite danseuse de Degas dont je vous ai déjà parlé.  C'est d'ailleurs la seule sculpture de l'exposition.  Ayant lu quelques petites choses à son sujet depuis ma photo de la semaine, j'ajouterai que l'impression mitigée des premières personnes qui la virent, en 1881, vient peut-être du fait qu'elle n'était pas en bronze, mais en cire... Si j'en crois mon expérience dans ce domaine, cela devait probablement ajouter à son réalisme et à son côté «dérangeant».  Je me souviens en effet m'être déjà retrouvée devant Ariane Mnouchkine pour lui dire : 

«Excusez-moi, mais j'ai une question un peu crétine à vous poser.

- Essayez qu'elle ne le soit pas trop!

- Dites-moi, ce n'est pas possible que les comédiens qui jouent Clytemnestre et Égisthe restent aussi longtemps immobiles, n'est-ce pas?

- Vous avez raison : ce sont des effigies en cire.

- Leur perfection est vraiment troublante!

-Effectivement.»

Le Théâtre du Soleil était venu à Montréal présenter la trilogie des Atrides et, j'oublie le titre, peut-être est-ce dans Les Choéphores, assassinés par Oreste, Clytemnestre et son concubin restaient étendus sur leur couche devenue catafalque, et cela durait un bon moment.

Pour en revenir à notre exposition, il n'est peut-être pas innocent que les commissaires aient donné cette place centrale au petit rat de l'opéra de Degas, car le travail de cette jeune danseuse n'avait certainement rien à voir avec le plaisir qu'éprouvent, à Noël, les fillettes sélectionnées pour jouer dans le Casse-noisettes présenté chaque année, depuis des décennies, par les Grands Ballets canadiens  à la Place des Arts!

Cette troisième salle est  en effet consacrée aux « ambiguïtés de l'impressionnisme» quant à son rapport avec les femmes. 

La citation de Renoir, placée en exergue, n'a d'ailleurs rien à envier aux propos de Chrysale dans Les Femmes savantes : si ce dernier considère qu'une femme en sait toujours assez 

Quand la capacité de son esprit se hausse
À connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse (II,7)

Renoir n'est pas en reste lorsqu'il affirme : «Je les aime quand elles ne savent pas lire et nettoient elles-mêmes le derrière de leurs poupons.»

L'impressionnisme est pourtant, à moins que je ne me trompe -appel aux expertes!- le premier mouvement à accueillir plusieurs femmes dans ses rangs.  Je ne connais ni Eva Gonzalèz, ni Marie Bracquemond, mais j'avais entendu les noms de Mary Cassatt et de Berthe Morisot,  ne serait-ce que parce qu'Aloïs nous a récemment entretenus de sa passion pour cette dernière et pour son entourage.

Je n'avais pas assez de recul, n'ayant apporté qu'un 50mm argentique monté sur mon appareil numérique, pour photographier le Cassatt : Offrant le panal au torero, (1872-1873)



Je vous offre donc la version disponible sur le site du Clark Institute. Par contre, j'ai pu photographier le Berthe Morisot qui lui faisait pendant et en voici une vue rapprochée...


Intitulée Le Bain, cette toile fut présentée à l'exposition impressionniste de 1886.  Le modèle, probablement Isabelle Lambert, regarde le spectateur avec aplomb, et le ruban dont elle s'est parée, de même que le rouge sur ses lèvres indiquent probablement qu'elle s'apprête à sortir. Mon cadrage un peu serré laisse à peine deviner la baignoire qui se trouve à droite de la toile et qui lui donne son titre. On la voit un peu mieux sur ce cliché de l'oeuvre complète...



Cette salle contient également plusieurs oeuvres de Renoir et trois de Degas, mais c'est peut-être cet autoportrait de Renoir, jeune, qui me le rend un peu plus sympathique malgré les propos de lui que j'ai rapportés plus haut. Il a alors trente-quatre ans, et l'on devine un être tourmenté, bien différent de l'homme posé que montre l'autre autoportrait de lui présent dans cette salle et que je connaissais déjà. 



Les traits de l'homme se sont un peu affaissés, processus normal associé au vieillissement que je constate malheureusement moi-même dans la glace ces derniers temps, mais le plus grand changement est ailleurs, dans cette touche devenue beaucoup plus lisse avec l'âge et, à mon goût, beaucoup moins intéressante...

Mais comme il faudra bien que je quitte un jour cette exposition découverte trop tardivement, je vous entraîne maintenant dans la quatrième et dernière salle avant de vous endormir complètement.

Quatrième salle : 


Plus éclectique, cette quatrième salle achemine petit à petit vers le post-impressionnisme, présentant, sur le panneau derrière lequel se trouve la sortie, un Gauguin et un Bonnard...

J'ai rencontré dans cette salle, hormis le toujours présent Renoir, des peintres que je ne connaissais pas ou que je n'aurais pas associé à l'impressionnisme, comme James Tissot par exemple... mais c'est peut-être Boldini qui m'a le plus retenue grâce à deux petits tableaux, représentant ces scènes de genre que j'affectionne.

La première semble croquée sur le vif et s'intitule : En traversant la rue.




C'est une huile sur bois peinte peu de temps après l'arrivée du peintre italien à Paris, entre 1873 et 1875.  J'aime les détails qui entourent le personnage principal : le dandy qui se penche à la fenêtre de son fiacre et, évidemment, le petit chien qui traverse la rue vaquant, lui aussi, à ses affaires.

J'ai toutefois eu un plus grand coup de coeur encore pour cette scène paisible d'intérieur : 



Sobrement intitulée Jeune femme faisant du crochet, cette toile de 1875, une année, donc, après la première exposition impressionniste, me réjouit autant par ce rouge que j'aime tant que par la touche assez libre et, enfin, par le sujet lui-même qui respire une paix qui n'est désormais plus de rigueur dans nos intérieurs hantés par les écrans et par l'affairisme qui laisse bien peu de temps pour les travaux d'aiguilles que ma mère affectionnait tant.

*****

Voilà un bref survol des oeuvres qui m'ont retenue dans cette exposition maintenant démantelée. Je ne sais trop si nous aurons l'autorisation de photographier dans cette nouvelle exposition, mais c'est bientôt le Pérou qui nous donnera rendez-vous dans les salles du Musée des Beaux-Arts de Montréal.  

Êtes-vous comme moi? j'aurai ici tout à découvrir, car mes connaissances dépassent assez peu ce que j'appris jadis dans Tintin et le Temple du soleil, Hergé demeurant néanmoins toujours un bon point de départ, ne serait-ce que pour la formation à l'amour des images!

P.S. Une petite dernière pour la route...



Cette huile sur bois d'Alfred Stevens date de 1866 et est intitulée : Duchesse (en robe bleue).  Peut-être servira-t-elle à Tilia pour un futur billet...














   





dimanche 20 janvier 2013

Il était une fois l'impressionnisme (1)




À l'heure où j'écris ces lignes, la collection impressionniste des époux Clark s'apprête à quitter Montréal pour continuer ses pérégrinations en attendant que les cimaises de l'institut qui l'accueille généralement puissent la recevoir de nouveau.

Contrairement à mon habitude, je vais vous présenter à chaud quelques toiles photographiées ce vendredi, car je m'aperçois que, lorsque je veux approfondir et faire quelques recherches, pente naturelle liée à ma profession, je manque de temps et je finis par reléguer mon billet aux oubliettes. Soyez donc clémentes et que les expertes comme Tilia et Nathanaëlle fassent preuve de quelque indulgence : je ne suis pas certaine que mes admirations de béotienne leur apprennent grand'chose.

Fi des tergiversations : je me lance!

Première salle : 

Cette première salle était tout entière consacrée au paysage et à la nature morte, genres longtemps considérés comme mineurs, en pleine expansion dans la seconde moitié du XIXe siècle. Je n'ai pas de clichés de cette salle qui était, au demeurant, assez sombre, car ne voulant ni gêner ni être gênée, je me suis rapidement dirigée vers la seconde.  J'avais toutefois retenu quelque chose de ma visite de la semaine dernière : peut-être est-ce un fait que vous connaissez très bien, mais j'avoue que cela m'a touchée et que je me suis dit que j'en parlerais à mes étudiants qui sont souvent d'assez fervents défenseurs de la préservation de la nature : les peintres de l'École de Barbizon et, tout particulièrement, Théodore Rousseau, sont à l'origine de la préservation d'une section de la forêt de Fontainebleau s'étendant sur 1 097 hectares, constituée en réserve artistique.  Cela m'a rappelé l'action de l'illustratrice Beatrix Potter qui, à sa mort, légua plus de seize kilomètres carrées de terre au National Trust d’Angleterre afin que les paysages et les fermes qu'ils abritaient soient conservés.

À défaut de vous présenter mes photos de cette salle, voici la toile de Rousseau qui inaugurait l'exposition : La ferme des landes- la maison du garde (1844-1867).


Cette illustration est empruntée à la Berkshire review qui a consacré un article à cette toile au moment de son entrée dans la collection du Clark Institute en 2010.


Seconde salle : 

Pissarro, Monet et Renoir se côtoyaient dans cette salle. D'ailleurs, Renoir avait un rôle privilégié dans l'exposition, non seulement par le grand nombre de ses peintures, mais aussi par toutes les citations émaillant le parcours qui étaient toutes de sa plume.  De lui, j'ai retenu ce Coucher de soleil qui date de 1879 ou de 1881, on ne sait pas exactement. 




Le carton explicatif indiquait qu'on la rapprochait parfois d'Impression, soleil levant (1874) de Monet qui est à l'origine de l'appellation du mouvement. Ce qui m'a surtout retenue ici, c'est la touche  de Renoir dont l'extrême diversité m'avait frappée lors d'une importante rétrospective présentée en 2007 au Musée national des Beaux-Arts à Ottawa. De Renoir, je connaissais jusque-là ce que tout le monde connaît. Le détail ci-dessous d'une toile de la collection permanente du Musée de la capitale nationale est ce que l'on associe souvent à ce peintre : 


La touche assez léchée n'a plus aucune texture. C'est une toile assez tardive de Renoir (1902-1903) montrant son fils Claude dans les bras de sa nourrice, Renée Jolivet.  Cette oeuvre est d'ailleurs intitulée : Claude et Renée. J'avoue n'avoir pas beaucoup d'intérêt pour cette oeuvre et préféré nettement celle-ci : 

Cette toile s'intitule Près du lac et date de 1880.


qui est bien antérieure.

Mais je m'égare, car ces deux dernières oeuvres n'étaient pas présentes dans l'exposition dont je suis en train de vous parler.

L'heure avançant et les obligations domestiques se faisant plus pressantes -entendre grand chien faisant du chantage nezmotif, collie oblige, pour avoir sa promenade que je ne veux pas faire à cause du froid de canard- je vais vous laisser pour aujourd'hui sur cette toile de Monet que j'ai beaucoup aimée et qui met en scène non pas les colverts d'Aloïs, mais des oies : 

Les oies dans le ruisseau, 1874





C'est ici tout autant la luminosité de l'oeuvre dont les couleurs ne semblent pas avoir été ternies que la variété de la touche qui m'ont retenue. Voici ce que précisait le premier paragraphe du petit carton explicatif : «Le début des années 1870 constitue une période cruciale dans l'évolution artistique de Monet. Sa palette s'éclaircit et il peint de plus en plus souvent en petites touches répétées afin de saisir les effets de la lumière dans l'air, dans le feuillage qui bruisse ou sur l'eau qui ondoie. L'artiste utilise en général le format paysage -horizontal. Ici, contrairement à son habitude, il utilise ce rare format portrait.»

Je vous laisse avant que la direction de la protection des animaux n'intervienne, car je laisse mon grand chien aboyer depuis tantôt.  Il faut dire qu'elle n'est guère patiente!

Rendez-vous mardi en fin de journée si je ne meurs pas congelée d'ici là...