Plus qu'un petit mois de vacances! Je sais, je sais : la plupart des gens n'ont que deux minuscules semaines de vacances, et je fais donc partie de l'infime minorité qui peut se prévaloir de plusieurs semaines, j'ose à peine dire plusieurs mois de vacances par an. Je rétorque toujours à cela qu'il ne faut pas envier les enseignants dont je fais partie pour cet avantage de leur profession, mais plutôt s'engager dans une lutte qui permettra à tous de bénéficier de congés plus substantiels dans leur profession respective.
Notons par ailleurs que ces longues vacances sont tout à fait bienvenues pour faire quelques lectures qui, durant l'année scolaire, sont toujours reléguées au second plan, le déchiffrage de copies toutes plus affriolantes les unes que les autres ( ! ) occupant l'essentiel de la pratique d'un professeur de littérature qui, paradoxe aidant, en vient à ne plus lire autre chose que les oeuvres dont il doit parler en classe.
Ces douces vacances, donc, m'ont amenée à faire une découverte dont j'aimerais vous entretenir : un petit logiciel en ligne qui permet de dresser un inventaire de vos découvertes ou possessions livresques et qui se nomme «My library thing». Oui, je sais, le titre est dans la langue de Shakespeare et, qui plus est, les utilisateurs sont en grande partie anglo-saxons. Il serait peut-être donc intéressant que certains, parmi vous, transmettent cette adresse à quelques locuteurs francophones de manière à ce qu'on perde cette impression qu'il n'y a de grands lecteurs qu'anglais ou américains...
Je sais encore, je sais beaucoup de choses aujourd'hui, qu'il vaut mieux ne pas trop se disperser entre diverses plateformes, mais j'avoue que j'ai vu dans cette base de données commentée plusieurs avantages, entre autres, celui de pouvoir y renvoyer ceux et celles qui me demandent des conseils de lecture. Je vais donc tenter de nourrir régulièrement «My Library» avec l'espoir d'y voir un jour inscrits les quelques milliers de livres que je possède et que j'ai lus au fil des décennies... malgré les copies!
Bonne lecture!
http://www.librarything.fr/home/mjdion
Petits essais en forme de notules
Malraux définit le lecteur par vocation comme celui qui jouit de «la faculté d'éprouver comme présents les chefs-d'oeuvre du passé»...
Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.
Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.
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dimanche 31 juillet 2011
dimanche 16 janvier 2011
Gabrielle Roy : Rue Deschambault
| Gabrielle Roy gros plan de la photo que je possède |
La figure tutélaire de Gabrielle Roy domine ma chambre-bibliothèque depuis plusieurs décennies déjà. J'aime ce visage buriné de vieille indienne au regard attentif. Mais ce que la photo en noir et blanc ne dit pas, c'est le bleu soutenu de la prunelle faisant contraste avec la peau tannée, ce bleu qui m'a tant surprise lorsque j'ai aperçu la romancière pour la première fois, assise derrière l'une des baies vitrées du chalet où elle passait ses étés à Petite-Rivière-Saint-François, au bord du St-Laurent.
C'était en 1978, cinq ans avant sa mort...
J'avais découvert Gabrielle Roy un peu plus tôt, à travers la lecture de Rue Deschambault, premier récit de l'oeuvre à mettre en scène la petite Christine et les membres de sa famille présentant plusieurs similitudes avec ceux de l'écrivain.
La littérature québécoise s'est annexé Gabrielle Roy avec une certaine légitimité : née de parents qui avaient toujours des accointances avec le Québec, elle choisira elle-même de vivre toute sa vie d'adulte dans les deux plus importantes villes de cette province, Montréal et Québec, plutôt que de retourner vers son Manitoba natal au retour de son périple européen.
La région de l'enfance a pourtant une place significative dans l'oeuvre et pèse de tout son poids dans les trois récits à caractère autobiographique qui précèdent la véritable autobiographie demeurée inachevée en raison du décès de l'auteur en 1983 : La Détresse et l'enchantement. Rue Deschambault est donc le premier de ces récits manitobains.
J'avais découvert Gabrielle Roy un peu plus tôt, à travers la lecture de Rue Deschambault, premier récit de l'oeuvre à mettre en scène la petite Christine et les membres de sa famille présentant plusieurs similitudes avec ceux de l'écrivain.
La littérature québécoise s'est annexé Gabrielle Roy avec une certaine légitimité : née de parents qui avaient toujours des accointances avec le Québec, elle choisira elle-même de vivre toute sa vie d'adulte dans les deux plus importantes villes de cette province, Montréal et Québec, plutôt que de retourner vers son Manitoba natal au retour de son périple européen.
La région de l'enfance a pourtant une place significative dans l'oeuvre et pèse de tout son poids dans les trois récits à caractère autobiographique qui précèdent la véritable autobiographie demeurée inachevée en raison du décès de l'auteur en 1983 : La Détresse et l'enchantement. Rue Deschambault est donc le premier de ces récits manitobains.
| Agrandissement d'une photo de John Reeves
|
Rue Deschambault a en commun avec Combray ou La Maison de Claudine la représentation nostalgique du monde de l'enfance où règne une figure maternelle bienveillante.
Bien sûr, le père n'est pas absent; peut-être a-t-il même une place plus importante que chez Proust ou Colette. Il ouvre le récit vers un autre monde puisqu'il est, comme le père réel l'était, agent de colonisation installant les immigrants souvent venus de l'Europe de l'est, Doukhobors, Mennonites, Petits-Ruthènes, dans ces vastes prairies du centre du Canada qu'il fallait peupler. L'un des textes les plus forts du récit, du point de vue dramatique, met en scène ce père qui, au milieu de l'incendie d'un village qu'il a contribué à établir, réussit à survivre en se laissant glisser au fond du puits alors que tout s'embrase à l'extérieur, même sa jument qui n'a pas voulu le laisser. La lecture du «puits de Dunrea» avait tenu en haleine mes élèves, pourtant follichonnes, devant un autre feu : celui d'une classe de neige dans les Cantons de l'est. Moment privilégié, trop rare dans l'enseignement, d'une lecture partagée...
| Version Beauchemin |
Mais la narratrice, dernière née de la famille, est surtout l'enfant chérie de la mère qui l'amènera d'ailleurs dans l'équipée qui la conduit au Québec à l'insu de son mari et qui fournit le motif de l'illustration de ma vieille édition remplacée depuis par une édition de poche, version définitive revue par l'auteur.
Le personnage de la mère reviendra d'ailleurs dans La Route d'Altamont et son importance sera confirmée dans le seul tome paru de l'autobiographie.
Cette mère a entre autres insufflé à ses enfants le goût de partir pour se désoler ensuite qu'ils suivent trop bien son incitation et se mettent à courir le vaste monde en la délaissant.
Cette mère a entre autres insufflé à ses enfants le goût de partir pour se désoler ensuite qu'ils suivent trop bien son incitation et se mettent à courir le vaste monde en la délaissant.
mercredi 5 janvier 2011
Henry Bauchau
Bonjour,
Un rapide billet pour vous signaler l'entrevue qu'a accordée Henry Bauchau à Emmanuel Khérad de l'émission de France Inter La librairie francophone. Bauchau, maintenant âgé de 97 ans, y présente son dernier roman, Déluge, et revient sur les thématiques qui hantent son oeuvre.
Vous pouvez télécharger ou écouter cette émission pendant quelques jours encore.
Bonne écoute
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/lalibrairiefrancophone/
Un rapide billet pour vous signaler l'entrevue qu'a accordée Henry Bauchau à Emmanuel Khérad de l'émission de France Inter La librairie francophone. Bauchau, maintenant âgé de 97 ans, y présente son dernier roman, Déluge, et revient sur les thématiques qui hantent son oeuvre.
Vous pouvez télécharger ou écouter cette émission pendant quelques jours encore.
Bonne écoute
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/lalibrairiefrancophone/
mardi 14 décembre 2010
La Tournée d'automne
J'ai récemment commenté, dans un autre blog, La carte et le territoire de Michel Houellebecq, lu en septembre, avant qu'il ne soit «goncourisé», les Sirènes de l'actualité littéraire m'ayant pour une fois charmée...
Ce n'est pas ma pente naturelle.
Ayant un petit peu lu, j'ai plutôt tendance à revenir vers les sentiers déjà fréquentés, ce qu'approuveraient d'ailleurs très certainement et l'auteur, et le narrateur de La Tournée d'automne de Jacques Poulin.
Comme Anne Hébert, cet auteur québécois a longtemps vécu à Paris, mais, comme elle aussi, il a le plus souvent choisi le Québec comme décor de ses récits.
Dans La Tournée d'Automne, c'est même carrément la ville de Québec qu'il met tout d'abord en scène avant que le conducteur du bibliobus ne parte en tournée.
Sur les étagères de ma bibliothèque, cet ouvrage se trouve écartelé entre la littérature québécoise et la section des «livres-qui-parlent-des-livres». Car c'est là vraiment le propos fondamental de cette oeuvre de Poulin.
Le personnage principal, le Chauffeur, est en effet grand lecteur devenu passeur puisqu'il sillonne, l'été venu, les routes joignant les villages non desservis par une biliothèque.
Il a en effet transformé un vieux camion de laitier en «bibliothèque ambulante» savamment aménagée pour qu'on puisse aussi y retrouver le nécessaire pour dormir et se sustenter.
Imaginez le plaisir de transporter avec soi une bibliothèque! Et qu'on ne me parle pas de Kindle ou autre liseuse électronique. Voici ce que l'on ne pourra jamais faire avec de telles tablettes :
Il ouvrit une des portes arrière, abaissa le marchepied
et monta à l'intérieur... Après toutes ces années, le charme
opérait toujours : sitôt la porte refermée, on se trouvait
dans un autre monde, un monde silencieux et réconfortant
où régnaient la chaleur des livres, leur parfum secret et
leurs couleurs multiples, parfois vives,
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