Petits essais en forme de notules

Malraux définit le lecteur par vocation comme celui qui jouit de «la faculté d'éprouver comme présents les chefs-d'oeuvre du passé»...



Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.






vendredi 22 février 2013

Photo de la semaine (44) : Kesse-tu dis?

Pourquoi se cachent-elles ainsi? «Ma p'tite gueuse!» on ne se fait pas photographier en habits de semaine voyons!

Comme j'ai dû passer une partie de la semaine à pelleter et à valser avec la voiture sur les routes enneigées, il n'était a-b-s-o-l-u-m-e-n-t pas question que j'évoque ici les joies de l'hiver sinon par cette brève prétérition. Je me tourne donc vers un souvenir de l'été dernier en espérant faire sourire celles et ceux pour qui la semaine aura été difficile...

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Cela fait un bon demi-siècle que je les enquiquine et que je leur casse les oreilles quotidiennement; elles ont donc, ces dernières années, trouvé le moyen de résoudre une partie du problème : elles sont devenues sourdes!

Mais attention! Pas question de le leur dire, sinon, je me fais houspiller de belle façon!

«Attends, attends! Tu vas voir! Tu t'en viens de not'bord!»

Entendre que j'avance en âge et que je risque d'être affectée par des problèmes similaires aux leurs avant longtemps, ce dont je doute quand même un peu.  J'ai beau ne plus être une petite poulette du printemps, il me manque encore trois décennies, c'est-à-dire, 3 650 jours, 87 600 heures et 5 256 000 heures avant de les rejoindre. J'ai donc le temps d'entendre venir...

En attendant, lorsque je dis : 

«Ce soir, je mange des spaghetti.»

Je reçois comme réponse : 

«Tu veux des biscuits?»

Mais elles ne sont pas sourdes! Que nenni!

Alors, vous imaginez, l'été dernier, avec ma bronchite récalcitrante combinée à une extinction de voix?

Et, pour finir le plat, Honey aussi est sourde! Mais avec elle, je peux faire des signes ou frapper dans mes mains  sans qu'elle proteste vertement!  Avec mes tantes, si je parle d'implant cochléaire, c'est moi qui risque de me faire frapper!

Et, malgré tout, l'été commence à approcher même si cela ne se voit pas tellement aujourd'hui...

Et les ritournelles vont recommencer : 

«Appelle ma tante Huguette qu'a vienne souper!»

... et moi de crier à l'autre bout du champ et de m'entendre répondre : «Kesse-tu dis?»

... mais elles ne sont pas sourdes, surtout pas!

Vous n'avez pas compris : c'est moi qui ne parle pas assez fort!



Même si je déroge un peu aux règles de départ, je crois qu'Amartia me compte toujours parmi les participantes à la photo de la semaine.


vendredi 15 février 2013

Photo de la semaine (43) : abutilon ou érable de maison


Un petit brin de mimosa au parfum délicat est récemment arrivé chez moi par la voie des airs : merci à Norma!

Cet avant-goût du printemps, déjà plus qu'avancé en d'autres contrées, m'a ramenée vers mes propres plantules, en particulier celles qui forment un parasol de verdure au-dessus de la couche du grand chien.

Je savais que le nom commun était «érable de maison», mais je n'aurais jamais imaginé qu'il put s'appeler aussi «abutilon»... 

Je préfère « érable de maison».  «Abutilon», cela sonne comme une maladie de la peau; une variante de comédon.  Avouez que cela ne sied guère à la délicatesse de l'inflorescence ici déployée.

Je me tais et vous laisse admirer.






on retrouvera les autres participantes à la photo de la semaine chez Amartia...

P.S. Petit ajout pour Martine qui, comme moi, a pensé à l'érable du Japon. Celui que j'insère ici a été photographié dans la serre des bonsaïs du Jardin botanique de Montréal en avril 2011.


Le feuillage est très différent de celui de l'érable de maison...





vendredi 8 février 2013

Photo de la semaine (42) : comme Honey!



Je veux  hiberner comme Honey!

J'aurais pu vous mettre une xième photo de tempête de neige, car c'est ce que j'ai dans mes fenêtres en ce moment, mais j'ai eu peur de vous lasser. Imaginez : je vous lasse en vous montrant une image... que feriez-vous si vous deviez affronter le blizzard, le froid et les sempiternelles flocons au quotidien?

J'aimerais bien que l'on m'adopte comme Honey!

Cette photo a été prise peu de temps après son arrivée chez moi. Savait-elle qu'elle venait de gagner le «jack pot»? En tout cas, elle était moins exigeante que moi.  Pour ma part, je pose comme condition que «l'adopteur» potentiel habite le sud de la France ou l'Italie, quelque part aux alentours de Florence que je préfère, pour ma part, à Venise.

Quoi? Personne ne veut de moi? Je pourrais faire comme l'un de mes étudiants qui a récemment menacé de se suicider si je ne lui mettais pas les quatre points lui manquant pour obtenir la moyenne.  Comme je ne bronchais pas,  au courriel suivant, il a  subitement abandonné les pensées suicidaires pour évoquer le déshonneur de sa mère. 

Vous êtes aussi imperturbable que moi? alors...

Je vais hiberner comme Honey!

Allez, vous avez bien raison : car, en plus du lieu approprié à mes   os vieillissants, j'exige un portefeuille bien garni, car : JE NE VEUX PLUS ENSEIGNER!

- Marre des 58 fautes en 4 pages!

- Marre de l'élève qui me convoque à mon propre bureau, car MONSIEUR n'est pas satisfait de son 16/20 et veut contre-vérifier ma correction! M'a-t-on vraiment, mais vraiment bien regardée?

- Marre de la paranoïa galopante qui  propulse cette élève, à qui j'ai dit que je n'aimais pas Labiche,  chez mon responsable de département pour dire que je vais la couler à son oral!

Bon. Calmons-nous. Je crois en effet que j'empiète un peu sur les règles récemment mises en évidence par Michelaise au sujet des blogs :

«[...] bien vite, on [doit revenir] à un propos calibré qui respecte l'éthique implicite des blogs : pas de politique, pas de religion, le moins possible d'avis polémiques, une certaine discrétion, pas de méchanceté non plus ou de critiques qui pourraient être mal prises : après tout, on n'est pas là pour faire de la peine et comme ça reste sur la toile, on comprend bien vite qu'il vaut mieux garder pour soi les propos trop virulents.»

Dis, Michelaise, si j'ajoute un peu d'humour, tu me permets de m'adonner, même dans mon blog, à ce sport éminemment français : râler?

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Pourquoi je veux hiberner comme Honey...

Je dois par contre avouer que que j'éprouve aujourd'hui, nonobstant le désir que j'en ai, quelque difficulté à verser dans le comique intégral, car ce que j'observe autour de moi, en plus de la tempête de neige, m'effraie un peu.

J'avais sept ans en mai 1968. Est-ce à ce moment-là qu'a pris naissance cette lente, mais inexorable désagrégation de l'image du maître? Je ne sais trop. Je suis en tout cas aux premières loges pour constater sa progression depuis trois décennies que j'enseigne et, paradoxalement, elle semble rejoindre son paroxysme au moment où j'ai pourtant l'impression d'atteindre moi-même un niveau de maîtrise qui vient avec l'âge, l'expérience et le travail, lent et régulier, qui permettent seuls la constitution d'une culture essentielle à l'élaboration de la réflexion personnelle.

Qu'on me comprenne bien : je ne suis pas en train de me «péter les bretelles» pour utiliser une expression un peu triviale.  Je sens simplement une légère métamorphose dans ma façon d'aborder les choses, d'entreprendre la préparation d'un cours. Comme si j'étais arrivée à cet âge où l'on peut commencer à récolter ce que l'on a semé.  Je n'ai pas la prétention d'être originale ou transcendante, certes non! Je peux toutefois  poser un regard, adopter un biais qui est le mien pour présenter les choses.

Suis-je en train de m'écouter parler? Je ne crois pas... L'interrogation est réelle, pressante, car je suis confrontée de plus en plus souvent à ces élèves revendicateurs et suffisants qui n'ont vraiment aucun sens de ce qu'implique ne serait-ce que le code de déontologie de ma profession auquel je ne vois pas beaucoup de manquements autour de moi me semble-t-il...

J'utilise le «je» depuis tantôt, mais je suis loin d'être l'unique cible de ce phénomène.  Cette semaine, j'ai été atterrée par le terme utilisé par l'Association pour une solidarité syndicale étudiante, relayé par les médias : un ultimatum était posé au ministre de l'éducation qui devait absolument inscrire le thème de la gratuité scolaire au programme du Sommet des 25 et 26 février prochains, sans quoi cette association menaçait de se retirer des discussions portant sur l'avenir de l'enseignement supérieur au Québec.  L'arrogance froide du porte-parole m'a impressionnée...

Amalgame simpliste? peut-être... pourtant, je ne peux faire autrement que de voir une racine commune dans le comportement de certains de mes élèves et de ce nouveau porte-parole de l'ASSÉ :  cette attitude qui consiste à penser, qu'à vingt ans à peine, on possède la science infuse et qu'on peut s'ériger en juge de ce qui est correct dans un travail écrit, comme dans le monde de l'éducation.

J'ai, personnellement, une conviction tout autre : à vingt ans, on ne sait rien, et, plus on avance en âge, plus on s'aperçoit qu'il est immensément long d'acquérir un début de compétence et de connaissance dans un domaine restreint du savoir.  Je pense que je le savais déjà plus jeune...

*****

Je vous le dis : je veux hiberner comme Honey, je veux cultiver mon jardin comme Candide et je veux surtout, surtout, à défaut de pouvoir me retirer dès maintenant, exercer ma profession avec la tranquillité d'esprit qu'engendrerait un minimum de respect pour les compétences acquises au fil des ans.

Est-ce tellement demander?

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P. S. Petit ajout du samedi matin : je lisais le commentaire de Marie-Paule chez Aloïs... Elle y parlait de son devoir de réserve. Nous n'occupons pas exactement les mêmes fonctions, mais, en définitive, elle a probablement raison. J'ajouterai que, dans mon cas, j'ai suffisamment de désagréments à vivre les évènements évoqués plus haut sans en plus en parler...

J'entends donc me consacrer, désormais, à l'étalage (!) de ces connaissances que je prétends avoir acquises!  En souhaitant que vous y preniez plus de plaisir qu'à mes coups de gueule...

Vous retrouverez, chez Amartia, les autres copinautes qui participent à la photo de la semaine... 


vendredi 1 février 2013

Photo de la semaine (41) : mini bibli!



Je ne fréquente pas beaucoup ce que Tilia appelle «Face de bouc», mais il y a un site dont je suis les mises à jour : Improbables librairies, improbables bibliothèques, car les illustrations et les citations qu'on y présente sont toujours en rapport avec le monde du livre, ce qui a, on l'aura deviné, tout pour me plaire. 

J'y ai donc vu, au fil des mois, des bibliobus, des citations de Guitry («Avec tout ce que je sais, on pourrait faire un livre... il est vrai qu'avec tout ce que je ne sais pas, on pourrait faire une bibliothèque.») et mille et une petites choses qui ont réjoui mon quotidien.

J'avais ainsi admiré quelques-unes de ces mini-bibliothèques publiques qui sont une manière d'extension de cette activité, autour de la journée mondiale du livre, le 23 avril, qui consiste à abandonner un livre que l'on a apprécié sur un banc pour que le passant intéressé puisse le lire et le remettre ensuite en circulation.  Je ne savais pas, toutefois, que je trouverais une de ces «mini-biblis» sur mon chemin, en allant prendre mon train.  Ce fut pourtant le cas.

On constatera l'une des particularités de celle-ci qui signe son appartenance à la belle province : nous sommes bilingues indeed, et cela se manifeste même dans cette mini-bibli...

Bonne lecture et bonne semaine


On retrouvera les autres photographes amis d'Amartia sur son blog...



mardi 29 janvier 2013

Il était une fois l'impressionnisme (2)



La température se montrant plus clémente depuis ce matin, nous pouvons reprendre notre visite puisqu'il nous reste encore deux salles à parcourir...

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Troisième salle :


C'est dans cette troisième salle que se trouve en son centre l'une des versions de la petite danseuse de Degas dont je vous ai déjà parlé.  C'est d'ailleurs la seule sculpture de l'exposition.  Ayant lu quelques petites choses à son sujet depuis ma photo de la semaine, j'ajouterai que l'impression mitigée des premières personnes qui la virent, en 1881, vient peut-être du fait qu'elle n'était pas en bronze, mais en cire... Si j'en crois mon expérience dans ce domaine, cela devait probablement ajouter à son réalisme et à son côté «dérangeant».  Je me souviens en effet m'être déjà retrouvée devant Ariane Mnouchkine pour lui dire : 

«Excusez-moi, mais j'ai une question un peu crétine à vous poser.

- Essayez qu'elle ne le soit pas trop!

- Dites-moi, ce n'est pas possible que les comédiens qui jouent Clytemnestre et Égisthe restent aussi longtemps immobiles, n'est-ce pas?

- Vous avez raison : ce sont des effigies en cire.

- Leur perfection est vraiment troublante!

-Effectivement.»

Le Théâtre du Soleil était venu à Montréal présenter la trilogie des Atrides et, j'oublie le titre, peut-être est-ce dans Les Choéphores, assassinés par Oreste, Clytemnestre et son concubin restaient étendus sur leur couche devenue catafalque, et cela durait un bon moment.

Pour en revenir à notre exposition, il n'est peut-être pas innocent que les commissaires aient donné cette place centrale au petit rat de l'opéra de Degas, car le travail de cette jeune danseuse n'avait certainement rien à voir avec le plaisir qu'éprouvent, à Noël, les fillettes sélectionnées pour jouer dans le Casse-noisettes présenté chaque année, depuis des décennies, par les Grands Ballets canadiens  à la Place des Arts!

Cette troisième salle est  en effet consacrée aux « ambiguïtés de l'impressionnisme» quant à son rapport avec les femmes. 

La citation de Renoir, placée en exergue, n'a d'ailleurs rien à envier aux propos de Chrysale dans Les Femmes savantes : si ce dernier considère qu'une femme en sait toujours assez 

Quand la capacité de son esprit se hausse
À connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse (II,7)

Renoir n'est pas en reste lorsqu'il affirme : «Je les aime quand elles ne savent pas lire et nettoient elles-mêmes le derrière de leurs poupons.»

L'impressionnisme est pourtant, à moins que je ne me trompe -appel aux expertes!- le premier mouvement à accueillir plusieurs femmes dans ses rangs.  Je ne connais ni Eva Gonzalèz, ni Marie Bracquemond, mais j'avais entendu les noms de Mary Cassatt et de Berthe Morisot,  ne serait-ce que parce qu'Aloïs nous a récemment entretenus de sa passion pour cette dernière et pour son entourage.

Je n'avais pas assez de recul, n'ayant apporté qu'un 50mm argentique monté sur mon appareil numérique, pour photographier le Cassatt : Offrant le panal au torero, (1872-1873)



Je vous offre donc la version disponible sur le site du Clark Institute. Par contre, j'ai pu photographier le Berthe Morisot qui lui faisait pendant et en voici une vue rapprochée...


Intitulée Le Bain, cette toile fut présentée à l'exposition impressionniste de 1886.  Le modèle, probablement Isabelle Lambert, regarde le spectateur avec aplomb, et le ruban dont elle s'est parée, de même que le rouge sur ses lèvres indiquent probablement qu'elle s'apprête à sortir. Mon cadrage un peu serré laisse à peine deviner la baignoire qui se trouve à droite de la toile et qui lui donne son titre. On la voit un peu mieux sur ce cliché de l'oeuvre complète...



Cette salle contient également plusieurs oeuvres de Renoir et trois de Degas, mais c'est peut-être cet autoportrait de Renoir, jeune, qui me le rend un peu plus sympathique malgré les propos de lui que j'ai rapportés plus haut. Il a alors trente-quatre ans, et l'on devine un être tourmenté, bien différent de l'homme posé que montre l'autre autoportrait de lui présent dans cette salle et que je connaissais déjà. 



Les traits de l'homme se sont un peu affaissés, processus normal associé au vieillissement que je constate malheureusement moi-même dans la glace ces derniers temps, mais le plus grand changement est ailleurs, dans cette touche devenue beaucoup plus lisse avec l'âge et, à mon goût, beaucoup moins intéressante...

Mais comme il faudra bien que je quitte un jour cette exposition découverte trop tardivement, je vous entraîne maintenant dans la quatrième et dernière salle avant de vous endormir complètement.

Quatrième salle : 


Plus éclectique, cette quatrième salle achemine petit à petit vers le post-impressionnisme, présentant, sur le panneau derrière lequel se trouve la sortie, un Gauguin et un Bonnard...

J'ai rencontré dans cette salle, hormis le toujours présent Renoir, des peintres que je ne connaissais pas ou que je n'aurais pas associé à l'impressionnisme, comme James Tissot par exemple... mais c'est peut-être Boldini qui m'a le plus retenue grâce à deux petits tableaux, représentant ces scènes de genre que j'affectionne.

La première semble croquée sur le vif et s'intitule : En traversant la rue.




C'est une huile sur bois peinte peu de temps après l'arrivée du peintre italien à Paris, entre 1873 et 1875.  J'aime les détails qui entourent le personnage principal : le dandy qui se penche à la fenêtre de son fiacre et, évidemment, le petit chien qui traverse la rue vaquant, lui aussi, à ses affaires.

J'ai toutefois eu un plus grand coup de coeur encore pour cette scène paisible d'intérieur : 



Sobrement intitulée Jeune femme faisant du crochet, cette toile de 1875, une année, donc, après la première exposition impressionniste, me réjouit autant par ce rouge que j'aime tant que par la touche assez libre et, enfin, par le sujet lui-même qui respire une paix qui n'est désormais plus de rigueur dans nos intérieurs hantés par les écrans et par l'affairisme qui laisse bien peu de temps pour les travaux d'aiguilles que ma mère affectionnait tant.

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Voilà un bref survol des oeuvres qui m'ont retenue dans cette exposition maintenant démantelée. Je ne sais trop si nous aurons l'autorisation de photographier dans cette nouvelle exposition, mais c'est bientôt le Pérou qui nous donnera rendez-vous dans les salles du Musée des Beaux-Arts de Montréal.  

Êtes-vous comme moi? j'aurai ici tout à découvrir, car mes connaissances dépassent assez peu ce que j'appris jadis dans Tintin et le Temple du soleil, Hergé demeurant néanmoins toujours un bon point de départ, ne serait-ce que pour la formation à l'amour des images!

P.S. Une petite dernière pour la route...



Cette huile sur bois d'Alfred Stevens date de 1866 et est intitulée : Duchesse (en robe bleue).  Peut-être servira-t-elle à Tilia pour un futur billet...














   





vendredi 25 janvier 2013

Photo de la semaine (40) : froid infernal!

Oui, je sais : il s'agit là d'un oxymore, mais je vous assure que cette figure de style est on ne peut plus appropriée!

Jugez-en vous-mêmes :


La glace et le frimas que vous voyez sont à l'INTÉRIEUR de la fenêtre...

Ce n'est pas que ma maison soit vieille et décrépite! Pensez donc : elle a le même âge que moi! Le froid extrême que nous avons connu cette semaine -dépassant les -30 quelques nuits d'affilée et rarement les -20 le jour depuis mercredi- a produit ce résultat.

Or, cette petite fenêtre est très exactement à la hauteur de ma tête lorsque je vous écris.



Vous me pardonnerez donc  de vous avoir fait un peu languir pour mon second billet sur l'impressionnisme, histoire de ne pas attraper une névralgie malvenue, le port intérieur de la tuque ne me convenant guère. Déjà que le grand chien a mis mes doigts en péril en réclamant, malgré la Sibérie au-dehors, sa promenade avec le résultat que je suis rentrée, à quelques reprises, avec cette reviviscence  d'une expérience enfantine oubliée : lorsqu'on patinait un bon moment sur la patinoire extérieure entretenue par mon père dans le jardin, il arrivait que l'on ait les pieds gelés en rentrant, sensation que l'on avait écartée pendant le jeu, pris par les buts à compter au hockey! Il fallait alors retirer patins et chaussettes et, pour diminuer l'impression d'avoir les pieds transpercés par mille et une petites aiguilles les plonger dans l'eau froide. 

La température ayant commencé à remonter lentement, j'espère pouvoir sortir un peu de ce «narcissisme domestique» dont j'ai abusé en ce début d'année 2013, mais c'est à mon corps défendant, vous le comprendrez, car, j'ai bien eu envie de vous montrer la rivière fumante au petit matin, mais, je ne savais pas qui, de mon doigt ou du déclencheur de l'appareil photo, aurait gelé en premier, et comme je suis finalement plus littéraire que scientifique, je me suis dit que je laisserais cette expérience à d'autres...



dimanche 20 janvier 2013

Il était une fois l'impressionnisme (1)




À l'heure où j'écris ces lignes, la collection impressionniste des époux Clark s'apprête à quitter Montréal pour continuer ses pérégrinations en attendant que les cimaises de l'institut qui l'accueille généralement puissent la recevoir de nouveau.

Contrairement à mon habitude, je vais vous présenter à chaud quelques toiles photographiées ce vendredi, car je m'aperçois que, lorsque je veux approfondir et faire quelques recherches, pente naturelle liée à ma profession, je manque de temps et je finis par reléguer mon billet aux oubliettes. Soyez donc clémentes et que les expertes comme Tilia et Nathanaëlle fassent preuve de quelque indulgence : je ne suis pas certaine que mes admirations de béotienne leur apprennent grand'chose.

Fi des tergiversations : je me lance!

Première salle

Cette première salle était tout entière consacrée au paysage et à la nature morte, genres longtemps considérés comme mineurs, en pleine expansion dans la seconde moitié du XIXe siècle. Je n'ai pas de clichés de cette salle qui était, au demeurant, assez sombre, car ne voulant ni gêner ni être gênée, je me suis rapidement dirigée vers la seconde.  J'avais toutefois retenu quelque chose de ma visite de la semaine dernière : peut-être est-ce un fait que vous connaissez très bien, mais j'avoue que cela m'a touchée et que je me suis dit que j'en parlerais à mes étudiants qui sont souvent d'assez fervents défenseurs de la préservation de la nature : les peintres de l'École de Barbizon et, tout particulièrement, Théodore Rousseau, sont à l'origine de la préservation d'une section de la forêt de Fontainebleau s'étendant sur 1 097 hectares, constituée en réserve artistique.  Cela m'a rappelé l'action de l'illustratrice Beatrix Potter qui, à sa mort, légua plus de seize kilomètres carrées de terre au National Trust d’Angleterre afin que les paysages et les fermes qu'ils abritaient soient conservés.

À défaut de vous présenter mes photos de cette salle, voici la toile de Rousseau qui inaugurait l'exposition : La ferme des landes- la maison du garde (1844-1867).


Cette illustration est empruntée à la Berkshire review qui a consacré un article à cette toile au moment de son entrée dans la collection du Clark Institute en 2010.


Seconde salle : 

Pissarro, Monet et Renoir se côtoyaient dans cette salle. D'ailleurs, Renoir avait un rôle privilégié dans l'exposition, non seulement par le grand nombre de ses peintures, mais aussi par toutes les citations émaillant le parcours qui étaient toutes de sa plume.  De lui, j'ai retenu ce Coucher de soleil qui date de 1879 ou de 1881, on ne sait pas exactement. 




Le carton explicatif indiquait qu'on la rapprochait parfois d'Impression, soleil levant (1874) de Monet qui est à l'origine de l'appellation du mouvement. Ce qui m'a surtout retenue ici, c'est la touche  de Renoir dont l'extrême diversité m'avait frappée lors d'une importante rétrospective présentée en 2007 au Musée national des Beaux-Arts à Ottawa. De Renoir, je connaissais jusque-là ce que tout le monde connaît. Le détail ci-dessous d'une toile de la collection permanente du Musée de la capitale nationale est ce que l'on associe souvent à ce peintre : 


La touche assez léchée n'a plus aucune texture. C'est une toile assez tardive de Renoir (1902-1903) montrant son fils Claude dans les bras de sa nourrice, Renée Jolivet.  Cette oeuvre est d'ailleurs intitulée : Claude et Renée. J'avoue n'avoir pas beaucoup d'intérêt pour cette oeuvre et préféré nettement celle-ci : 

Cette toile s'intitule Près du lac et date de 1880.


qui est bien antérieure.

Mais je m'égare, car ces deux dernières oeuvres n'étaient pas présentes dans l'exposition dont je suis en train de vous parler.

L'heure avançant et les obligations domestiques se faisant plus pressantes -entendre grand chien faisant du chantage nezmotif, collie oblige, pour avoir sa promenade que je ne veux pas faire à cause du froid de canard- je vais vous laisser pour aujourd'hui sur cette toile de Monet que j'ai beaucoup aimée et qui met en scène non pas les colverts d'Aloïs, mais des oies : 

Les oies dans le ruisseau, 1874





C'est ici tout autant la luminosité de l'oeuvre dont les couleurs ne semblent pas avoir été ternies que la variété de la touche qui m'ont retenue. Voici ce que précisait le premier paragraphe du petit carton explicatif : «Le début des années 1870 constitue une période cruciale dans l'évolution artistique de Monet. Sa palette s'éclaircit et il peint de plus en plus souvent en petites touches répétées afin de saisir les effets de la lumière dans l'air, dans le feuillage qui bruisse ou sur l'eau qui ondoie. L'artiste utilise en général le format paysage -horizontal. Ici, contrairement à son habitude, il utilise ce rare format portrait.»

Je vous laisse avant que la direction de la protection des animaux n'intervienne, car je laisse mon grand chien aboyer depuis tantôt.  Il faut dire qu'elle n'est guère patiente!

Rendez-vous mardi en fin de journée si je ne meurs pas congelée d'ici là...