Petits essais en forme de notules

Malraux définit le lecteur par vocation comme celui qui jouit de «la faculté d'éprouver comme présents les chefs-d'oeuvre du passé»...



Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.






lundi 20 juin 2011

Potager menacé



Examen attentif des possibilités
 



















Ces pousses de framboisier sont encore tendres


   


Oups! Le chien de la maison... les feuilles de concombre attendront!
 



samedi 11 juin 2011

Clin d'oeil canin et horticole

Tentant de respecter l'environnement malgré la petite goutte dans l'océan que représente mon effort au pays des grandes demeures avides d'énergie gaspillée, je n'arrose pas le pommier planté par mon père avec  des pesticides. 


À défaut de récolter ses fruits, je me contente donc de jouir de sa floraison



 et de l'ombre qu'il apporte aux fleurs que j'installe à ses pieds.


car j'ai résolu de m'en tenir à cette unique plate-bande, mon auxiliaire canin attribuant une fonction peu compatible avec mes visées horticoles aux espaces jadis réservés aux fleurs...


jeudi 26 mai 2011

St-Denys Garneau


Mes vacances estivales seront vraisemblablement plutôt casanières. J'aimerais bien gagner quelques millions et pouvoir ainsi me pourvoir d'une caravane et d'un chauffeur pour me conduire, avec mon grand chien, aux abords de Central Park où nous ferions nos promenades matutinales, mais, certaines personnes de ma connaissance m'ont affirmé, statistiques à l'appui, que j'étais une inconditionnelle rêveuse et qu'il était fort peu probable que le Dieu Hasard qui m'a dédaignée tout au long de ma jeunesse m'accorde tout à coup quelque intérêt en mon âge mûrissant…


Me restera donc la poésie pour dire mon illusoire nomadisme en ce texte de St-Denys Garneau que j'affectionne entre tous :


Je ne suis pas bien du tout assis sur cette chaise
Et mon pire malheur est un fauteuil où l'on reste
Immanquablement je m'endors et j'y meurs.


Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches
Par bonds quitter cette chose pour celle-là
Je trouve l'équilibre impondérable entre les deux
C'est là sans appui que je me repose.


Valpiana, préalpes bergamasques, Italie
 


mardi 17 mai 2011

De retour...

Comme ces délicates clochettes du Sceau de Salomon, j'émerge lentement mais sûrement de ma pile de corrections, les pluies abondantes et l'humidité afférente m'ayant laissée claudicante et rhumatisante...

Au plaisir de retrouver bientôt l'énergie nécessaire pour faire soupirer Danielle avec mes bandes dessinées ou rappeler quelques souvenirs à AnnaLivia.

Bienvenue à Tilia avec laquelle j'espère quelques échanges estivaux...
Posted by Picasa

samedi 26 mars 2011

L'encre du passé

Les réactions, à l'endroit de la bande dessinée, sont assez radicales : on adore ou on exècre, ce clivage suivant souvent une ligne de partage des âges comme si l'entrée dans le monde adulte signait l'arrêt de mort du «plaisir gratuit» -entendre sans bénéfice intellectuel - qui s'attache à la lecture des histoires en images.

Étant plutôt réfractaire aux limites et aux frontières, j'aime assez que se côtoient, sur ma table de travail, Gen d'Hiroshima, Du côté de chez Swann et The Shallows de Nicholas Carr.  Depuis quelques années, je donne même dans le prosélytisme et m'applique à trouver, pour chaque lecteur récalcitrant, LA Bande dessinée qui lui ouvrira la porte de cet univers infiniment divers et luxuriant.

Les événements tragiques récemment survenus au Japon m'ont incitée à ressortir de ma «bédéthèque» les mangas que je possède.  Les mangakas sont prolifiques et leur art pénètre lentement mais sûrement en Occident bien que nous n'ayons encore accès qu'à une infime portion de ce qui se publie au Japon.

Mais plutôt que d'aborder aujourd'hui l'oeuvre de Taniguchi ou celle de Nakazawa, j'aimerais attirer l'attention sur un album que deux occidentaux ont consacré, en 2009, au Japon de l'ère Edo : L'encre du passé de Maël et Bauza.

Comme l'indique le petit dossier que l'on peut télécharger à partir du site des éditions Dupuis, c'est la passion d'Antoine Bauza pour le Japon qui est à l'origine du projet.  Adepte de la calligraphie, Bauza voulait mettre en scène«un homme d'art plutôt qu'un homme d'épée», délaissant ainsi la figure du samouraï, image d'Épinal de la culture nippone.  Il a donc centré son scénario sur la figure d'un maître calligraphe, Môhitsu, qui, voulant faire rafraîchir son hakama, sorte de pantalon assez ample, découvre, à la faveur de sa visite à la teinturerie, une jeune fille au prometteur talent de peintre.  Môhitsu convaincra alors la jeune Atsuko de délaisser son emploi pour entreprendre son apprentissage auprès d'un grand peintre d'Edo.


J'arrêterai là le résumé d'une histoire qui mérite d'être lue et savourée, le dessin de Maël donnant une vie attachante à ces personnages.  Sur une base d'aquarelle aux teintes douces empruntées à la palette des tons d'ocre et de gris bleutés, Maël définit paysages et personnages à la plume, utilisant cette encre noire dans laquelle trempe également le pinceau de Môhitsu le calligraphe.  Les kanjis sont toutefois du maître Pascal Krieger.

Malgré les doutes qui assaillent tour à tour Môhitsu et Atsuko devant leur art respectif, je reviens périodiquement à cet album que je trouve apaisant par ses couleurs et ses mises en scène de paysages silencieux.

L'encre du passé me semble aussi témoigner de valeurs associées à la culture japonaise : le minimalisme, voire le dépouillement des pièces dans lesqueslles évoluent les personnages, dépouillement renvoyant à la recherche de l'essentiel; le respect et la civilité des échanges comme dans cette scène où Môhitsu rend visite à dame Akemi; la recherche, enfin, avec constance et détermination, de la perfection du moindre geste, fût-il le plus quotidien...

Au moment de la Seconde Guerre mondiale, les décideurs de l'Occident ont mis de l'avant la violence de la détermination de ce peuple, seul groupe humain contre lequel on a déchaîné la puissance nucléaire qui le menace à nouveau pour d'autres raisons.  Soixante-cinq ans plus tard, alors que tous déplorent les catastrophes successives qui frappent les Japonais, souhaitons que cette opiniâtreté ne les abandonne pas et qu'ils soient ainsi à même de puiser dans leur culture séculaire les ressources nécessaires pour continuer.
 

lundi 7 mars 2011

Tempête du siècle

Le jardin enfoui en ce 7 mars
Mars est là depuis quelques jours. Je lis les blogs d'heureux résidents de la région parisienne ou de la  Champagne, qui décrivent les joies retrouvées du printemps.! Je lève le nez pour regarder par la fenêtre et je vois, poussés par le vent, les flocons qui ne cessent de s'accumuler.  Je veux tout de suite des vacances et un billet d'avion pour aller n'importe où, pourvu que je puisse porter des chaussures plutôt que des bottes et  un léger blouson sans plus. Sinon... je ressors ma formule préférée, héritée de ma mère : «Je vais me pendre avec un élastique!» et je passe à l'action.



Il y a quarante ans, ma réaction n'avait pas été tout à fait la même au moment de ce que nous appelons ici «la Tempête du siècle» : 47 centimètres de neige tombés en quelques heures qui s'ajoutaient aux 56 autres déjà au sol et que faisaient valser les vents en rafales.  Un Sahara de neige aux dunes de plus en plus élevées!


La neige permettait de rejoindre le toit
 Il faut ajouter qu'à neuf ans, on voit les choses d'un autre oeil : l'école fermée, pendant plusieurs jours qui plus est, le camping au sous-sol autour du poêle à bois dont les deux petits ronds servaient à préparer des repas chauds puisque les pannes d'électricité étaient généralisées, les soirées à la chandelle! C'était tout bonheur.

Ma mère ne montrait pas trop une inquiétude pourtant  bien légitime, car mon père était hospitalisé depuis quelques mois et elle était donc seule pour tenir le fort en ces circonstances exceptionnelles.

Rien ne fonctionnait plus puisque les routes n'étaient praticables qu'en motoneige ou à ski.  Et cette fameuse neige accumulée sur le toit le menaçait d'effondrement à cause du poids de cette masse blanche tombée en quelques heures à peine.

Nous avions reçu la consigne de ne rien dire à mon père au téléphone pour ne pas l'inquiéter.  Il devait pourtant bien se douter de quelque chose, ne serait-ce qu'à cause des fous rires dont nous ponctuions nos conversations...


 Toujours est-il que le secours nous vint de la grande ville : d'anciens élèves de ma mère, qui avait été institutrice à Montréal avant de se marier, partirent de Rosemont en motoneige pour venir déneiger la toiture.  Combien de temps mirent-ils pour arriver ìci avec ce moyen de transport? Je l'ai oublié et les personnes qui auraient pu s'en souvenir ne sont malheureusement plus là.


L'année 2008 aussi fut particulièrement enneigée. Il y eut très certainement plus de neige au sol qu'en 1971.  Mais pas en une seule fois.  Pas aussi rapidement non plus.  Et surtout, je n'avais plus du tout neuf ans...

P.S. La photographie de la motoneige provient d'un album mis en ligne sur le site Facebook du téléjournal de 18h dont voici le lien : http://www.facebook.com/tj18h

vendredi 18 février 2011

Simone Weil

   L'émission de France Inter, Au fil de l'histoire, présente à chaque semaine une page d'histoire  mêlant habilement fiction et épisodes historiques.commentaires en voix off et fragments de pièce de théâtre radiophonique.
   Dimanche dernier, j'attendais avec impatience de pouvoir télécharger l'émission portant sur la philosophe Simone Weil, car cette femme m'accompagne depuis l'adolescence au même titre que Gabrielle Roy dont elle partage d'ailleurs la date de naissance : 1909.  Mais Simone Weil est morte quarante ans plus tôt que Gabrielle Roy, en 1943 donc, dans un hôpital londonien où elle refusait de soigner adéquatement la tuberculose dont elle souffrait.  Son organisme, qu'elle n'avait jamais ménagé, était complètement épuisé et elle refusait malgré tout de prendre les laitages qu'on lui prescrivait, prétextant qu'elle ne pouvait boire ce lait dont les enfants français étaient au même moment privés...

   Réfléchissant depuis plus de trente ans à la destinée de Simone Weil, je n'arrive jamais à trancher et à me faire une opinion arrêtée une fois pour toutes.  Simone Weil pose en effet, d'une façon un peu particulière, le problème de l'égoïsme dont je parle souvent à mes étudiants lorsque j'évoque l'Antigone d'Anouilh.  À la différence de celle de Sophocle, lumineuse, la jeune femme d'Anouilh, privée d'un lien avec la transcendance, est toute tournée vers elle-même.  Le destin qu'elle choisit d'assumer, et c'est là toute la singularité de cette héroïne qui n'est pas si loin des héros existentialistes, est-il marque de courage ou de lâcheté?

   On ne peut certainement pas accuser Simone Weil de lâcheté... Pourtant, son entêtement à mourir est questionnable : bien qu'il prenne racine dans son désir de ne pas s'accorder plus d'importance à elle-même qu'aux autres, et, dans le cas qui nous occupe, plus précisément aux enfants victimes de rationnement dans la France occupée, à moyen terme, son attitude a privé d'autres jeunes et moins jeunes d'une pensée et d'un enseignement qu'elle aurait pu leur prodiguer à travers son oeuvre écrite, importante, bien que la philosophe soit morte à trente-quatre ans, ou plus directement grâce aux cours qu'elle avait un temps assurés auprès des ouvriers et qui portaient sur la littérature grecque, car elle soutenait que ces textes anciens leur apportaient un message qu'ils étaient parfois plus à même de comprendre intimement que certains lettrés.

   Certes, Simone Weil, à l'instar d'Antigone, a acquis le statut de figure incandescente en grande partie grâce au brusque arrêt de sa destinée, la mort des êtres jeunes frappant davantage l'esprit puisque ce n'est pas là le cours normal des choses. On pensera aussi à James Dean ou même à Lady Di dans un tout autre domaine.  L'aura qu'ils ont acquise aurait certainement été différente s'ils n'avaient pas été frappés en pleine course.

   Il aurait été tellement intéressant eut-elle vécu aussi longtemps que Gabrielle Roy, d'observer les métamorphoses de la pensée de Simone Weil découvrant le goulag stalinien et donc l'échec de cette révolution à laquelle elle avait tellement aspiré.