Petits essais en forme de notules

Malraux définit le lecteur par vocation comme celui qui jouit de «la faculté d'éprouver comme présents les chefs-d'oeuvre du passé»...



Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.






mardi 20 août 2013

J'ai parfois l'esprit un peu pervers (b) : questions

Voici donc la suite et la fin de mon «remodelage» du questionnaire de Marie-Paule, transmis par Nathanaëlle... Encore quatre questions auxquelles vous aurez, du moins je l'espère, plaisir à répondre...

Le livre que je recommande à mes amis :


Ce sera peut-être un peu trop simple si vous fréquentez mon blog depuis un moment aussi vais-je  exclure Gabrielle Roy, Jacques Poulin et Hergé.

a.  Colette, La maison de Claudine;
b.  Pierre Billon, L'Ultime Alliance;
c.  Jean-Jacques Pelletier, Les Gestionnaires de l'apocalypse;
d. Marcel Proust, Du côté de chez Swann.





La raison de mon dernier fou rire :


Ici, pas de choix multiples, mais plutôt un appel à vos propres souvenirs.  

Je ne suis guère sujette aux fous rires aussi me suis-je automatiquement rappelé une des rares fois où il m'est arrivé de me rouler par terre, dans ce cas-ci, au sens littéral du terme. 

Il faut dire que j'étais enfant et, dans les années soixante, la production télévisuelle québécoise étant davantage concentrée en fin d'après-midi ou en soirée, il y avait souvent des films américains l'après-midi avant les émissions de 16 heures pour les enfants.

 
J'ai donc conservé une vague image d'un couple mal assorti, Doris Day pour le personnage féminin, de cela je suis certaine, et peut-être Cary Grant pour le personnage masculin.  Installée dans une maison présentant déjà des prototypes futuristes associés à la domotique, Doris Day se fait poursuivre par un aspirateur autonome, genre robot. Ou j'étais très fatiguée, ou la scène est vraiment d'un cocasse insoutenable, car je n'ai jamais eu un pareil fou rire.

Avez-vous une idée du titre de ce film et, le cas échéant, était-ce l'âge qui a provoqué ce fou rire, la fatigue ou y avait-il vraiment matière à se «bidonner» de belle façon?



Plaisirs d'hiver ou d'été?



a. Hiver;
b. été.


L'odeur associée à l'enfance



a.  le feu de bois;
b.  la dinde;
c.  le feuillage des tomates;
d. la pâte à pizza maison.

P. S. Je ne veux «taguer» personne, comme on dit sur les blogs, mais j'ajouterai qu'étant curieuse, de cette curiosité qui naît de l'intérêt porté aux êtres, si quelqu'un veut prendre le relais, je lirai avec plaisir ses billets.

Car il existe, me semble-t-il, un moyen terme entre «le moi [...]haïssable»  de Pascal et l'hypertrophie du moi contemporain : ce moi témoigne d'une présence devenue tranquille au monde et porte sur ce dernier un regard par essence unique, mais éphémère.  




Les réponses seront publiées dimanche!



samedi 17 août 2013

J'ai l'esprit un peu pervers (a) : réponses...

Vous excuserez, je l'espère, le délai.  L'idée n'était pas de vous faire languir, mais le Cégep, même si je n'y suis pas encore retournée, se manifeste déjà, et pas nécessairement par ses meilleurs côtés. Laissons cela... 

Voici donc les réponses aux questions auxquelles j'ai ajouté quelques commentaires individuels dans le billet précédent. Vous verrez, par ailleurs, que n'étant pas une littéraire pour rien, je donne plutôt dans la nuance que dans l'affirmation péremptoire...

Ma couleur préférée...

Certes, Nathanaëlle avait bien raison de remarquer que je me vêts souvent de bleu, comme les enfants de Marie, et c'est probablement ma couleur préférée lorsque je recherche le calme, ce en quoi je ne suis guère originale; le bleu est, en effet, la couleur la plus prisée à travers la planète d'où son choix pour les organismes internationaux comme les casques bleus ou pour les symboles comme celui qui représente l'Europe.  

J'avoue toutefois que le bleu intégral, si l'on exclut les vêtements pour lesquels j'aimerais bien, comme Gaston Gallimard, adopter une fois pour toutes le costume marine qu'il agrémentait, pour le soir, d'un nœud papillon, le bleu intégral, donc, ne convient pas à mon environnement, car, dans un pays de grand froid où la lumière est bleutée par la neige une bonne partie de l'année, cela aurait tendance à provoquer une sensation de trop grande fraîcheur pour être agréable.

Pour mon lieu de travail, j'ai donc opté pour la «terra cotta», la couleur terre de Sienne que j'affectionne et qui s'allume de belle façon lorsqu'entre la lumière de cinq heures :






Quant au rouge, c'est le complément parfait du bleu, mais en plus petite quantité d'où la prépondérance du rouge de la chaussette...

Mais réunir le bleu et le joli roux de mon grand chien, c'était vraiment le pactole !

Cette photo est tout particulièrement dédiée à Françoise...


L'objet dont je ne me sépare jamais


Soyons franche, là aussi, j'ai un peu triché... Montre, canif et plume m'accompagnent tout le temps.  

Pourquoi plusieurs canifs? Je les oublie dans une poche, pense les avoir perdus, en rachète un, puis retrouve le précédent. Le Laguiole est trop gros pour une poche normale, mais il est dans le sac pour les voyages plus ou moins longs.  

La montre est l'objet le plus ancien : cela fera trente-trois ans en septembre que ma mère me l'a offerte pour mon départ à Lyon. Comme on dit ici, je ne suis pas très brise-fer et à cela s'ajoute le fait qu'à l'époque de l'achat, l'obsolescence programmée des objets n'était même pas en gestation...

Montre et Waterman connaissent toutefois une concurrence déloyale en la personne de cet objet machiavélique entré dans ma vie pour me consoler d'une bronchite qui n'en finissait pas de finir l'été dernier : le iPod. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un appendice qui m'est poussé dans la main comme c'est le cas pour mes étudiants, mais Dieu que cet objet est utile : chronomètre pour les exercices à l'elliptique, carnet de notes avec l'application Evernote, mini-récepteur pour l'écoute de mes podcasts, appareil photo de secours lorsque l'autre est vraiment trop lourd pour mes cervicales usées... Vous connaissez tout cela aussi bien que moi. J'avoue donc qu'à la maison à tout le moins, c'est certainement l'objet qui est toujours le plus proche de moi...

Mon actrice préférée

Quoique j'aie présenté une brochette de comédiens que j'apprécie vraiment, tout particulièrement le couple formé par Vittorio Gassman et Fanny Ardant dans le film La Familglia d'Ettore Scola ou, mieux encore, dans Benvenuta d'André Delvaux, Vanessa Redgrave demeure la comédienne que j'aime le plus pour au moins deux raisons : c'est tout d'abord la première actrice que j'ai vue sur grand écran, car mon père avait un handicap à la jambe droite et, ma mère ne conduisant pas la voiture, j'ai mis beaucoup de temps avant de voir un film sur grand écran si j'excepte les deux ou trois sorties familiales pour voir des films de Walt Disney comme l'Apprentie-sorcière dans un ciné-parc. Je ne sais pas si cette formule existe en Europe. Elle est en train de disparaître même ici : il s'agissait de cinémas en plein air sur très grand écran, que l'on pouvait visionner en restant dans sa voiture. On mettait une sorte de haut-parleur à l'intérieur du véhicule et l'on regardait l'écran. Pour les enfants, c'était magistral, car on pouvait adopter la position que l'on voulait, parler, avoir une couverture, et son toutou préféré...

Toujours est-il qu'il a fallu que j'attende de pouvoir me déplacer facilement par mes propres moyens pour avoir accès aux salles de cinéma et la première expérience, à la fin de mon secondaire en 1977, fut le visionnement du film de Fred Zinnemann : Julia. J'ai longtemps attendu la version en DVD, mais elle est disponible depuis quelques années si vous voulez vous rafraîchir la mémoire.

Il s'agit de l'adaptation d'un des chapitres de Pentimento, livre de souvenirs de l'écrivain américain, Lilliann Hellman surtout connue pour ses œuvres théâtrales.  Elle fut aussi la compagne de Dashiell Hammett, maître du roman noir américain qui écrivit entre autres The maltese Falcon. Vanessa Redgrave y donne la réplique à Jane Fonda qui tient le rôle principal, mais, malgré le nombre restreint de scènes où elle apparaît, Vanessa Redgrave vole un peu la vedette. Elle a d'ailleurs obtenu, pour cette prestation, l'Oscar du meilleur second rôle féminin.  Par contre, sa prise de position contre le sionisme au moment de la réception de son prix lui a fermé pour longtemps les portes d'Hollywood où les réalisateurs et les producteurs juifs sont en grand nombre. Cet engagement politique est la seconde raison pour laquelle j'admire cette actrice, car c'est un engagement qui ne s'est jamais démenti, contrairement à ce qui s'est produit pour Jane Fonda.


L'ayant raté à Broadway lors d'un voyage à New York, je me suis reprise à Londres quelques années plus tard dans une pièce où elle jouait aux côtés de son frère, car toute la famille Redgrave est associée au monde du théâtre et du cinéma en Grande-Bretagne. 

Cigale ou fourmi?



Il y a quelques années, alors que ce sujet commençait à devenir à la mode, un documentaire avait été consacré à la simplicité volontaire.  Je n'avais pas beaucoup prisé la position de certains des participants qui, pour pratiquer cette forme de restriction volontaire des dépenses, vivaient un peu en parasites aux dépens de leurs voisins leur empruntant ou récupérant tout ce que ceux-ci avaient acheté et dont ils n'avaient plus usage.

Par contre, l'attitude d'un médecin, père d'une famille de plusieurs enfants, me convenait davantage : restrictions concernant ce qui est utile, mais sans grand intérêt intellectuel. Il conservait ainsi la même voiture pendant des années, l'usant jusqu'à la corde, si je puis dire. Par contre, pour tout ce qui relevait de l'accès à la culture, qu'il s'agisse de cours ou de l'achat d'un écran de télé ou d'un ordinateur pour la maison, les cordons de la bourse étaient facilement déliés. 

Pour résumer, disons que je suis fourmi pour me permettre d'être cigale pour les choses qui me tiennent vraiment à corps : l'art, la culture... et les grands chiens!

J'espère que ce billet vous aura, au détour, appris quelques petites choses dans l'absolu et non seulement sur ma propre personne.

La deuxième portion du questionnaire sera en ligne mercredi.

Merci à toutes les participantes à la première partie.


Petit ajout pour répondre au deuxième commentaire de Nathanaëlle.  J'ai donné des précisions sur le lieu de la photo dans mes réponses aux participantes dans le billet précédent. Ce n'est pas le Louvre, mais c'est à proximité puisqu'il s'agit d'une photo prise dans le jardin du Palais-Royal, près de l'entrée qui se trouve à proximité de la rue de Rivoli qui longe l'extérieur du Louvre si je me souviens bien...










dimanche 11 août 2013

J'ai parfois l'esprit un peu pervers... (a)

Autoportrait aux lunettes dans quelques décennies



Il est des blogs que je fréquente pour «me rincer l’œil», comme celui de Fifi ou de Christine, photographes émérites ayant chacune son style; d'autres que je pille sans vergogne, mais en prévenant tout de même, pour la préparation de certains cours, comme celui de Michelaise ou de Tilia. Je place aussi le blog de Nathanaëlle dans cette dernière catégorie.

Les étoiles d'ArtLubie soufflant récemment quatre bougies, Nathanaëlle, avec la générosité qui la caractérise, en a profité pour distribuer des récompenses à quelques-uns des blogs qu'elle affectionne et dont je fais partie. Grand merci!


Elle m'a également invitée à réfléchir à un questionnaire que lui avait transmis Marie-Paule.  Mon classicisme ayant fréquenté l'affirmation pascalienne qui veut que le «moi [soit] haïssable», j'ai tout d'abord un peu hésité, mais voici le subterfuge que j'ai trouvé : je me propose donc de répondre de façon  détournée à ces demandes, dont j'ai modifié certaines entrées, en vous invitant à sélectionner vous-même ce qui, selon vous, me caractérise. Peut-être ai-je d'ailleurs fourni quelques réponses dans mes billets précédents, auquel cas, cette petite expérience permettra de rendre compte de notre degré de rétention des informations colligées lors de la lecture des blogs que vous et moi fréquentons depuis un petit moment.

Voici donc quatre questions -le questionnaire originel en comportait onze, mais je me permets aussi ce petit aménagement- et, si le jeu vous amuse, quatre autres suivront : 

I.  Christine saura répondre à cette première question, car elle attend toujours l'article que je dois lui consacrer : quelle est ma couleur préférée?
  1. le vert avec ses multiples nuances?
  2. le rouge que l'on porte volontiers lorsque les cheveux blanchissent?
  3. le bleu, celui du ciel et de la mer?
  4. le roux, genre terre de Sienne?
II.  L'objet dont je ne me sépare jamais?
  1. ma montre;
  2. ma plume Waterman;
  3. mon iPod;
  4. mon petit canif suisse.
III.  L'acteur ou l'actrice que je préfère... Ici, je tricherai un peu, car j'évoquerai seulement des acteurs de réputation internationale puisque la plupart des acteurs québécois ne vous seraient pas connus malgré leur talent certain.
  1. la britannique Vanessa Redgrave?
  2. l'italienne Anna Magnani?
  3. l'italien Vittorio Gassman?
  4. la française Fanny Ardant?
  5. le britannique Jeremy Irons?
IV. Enfin, dernière question qui ne comporte que deux choix, mais qui demandera réflexion, car je suis curieuse de voir les arguments que vous évoquerez pour justifier l'une ou l'autre position... vraiment curieuse, oui : suis-je cigale ou fourmi?

Portrait en jeune ébouriffée dans mon lieu parisien préféré qui est...?



vendredi 9 août 2013

Photo de la semaine (57) : Cyanocitta cristata

On pourra dire qu'il m'a bien fait marcher!!!




Évidemment, j'aurais pu me contenter du charmant moineau domestique qui prit gentiment la pose et la tint, ce qui me permit de le capturer dès le premier cliché : 




Je concéderai tout de même à l'autre qu'il m'a fait découvrir de bien jolis chemins pour user mes souliers :







Môssieur avait décidé de me faire tourner en bourrique.  Je l'ai donc suivi et poursuivi et, après de nombreuses tentatives pour lui «tirer le portrait», j'ai enfin réussi à immobiliser le délinquant qui déniche les oisillons des autres espèces et ameute le voisinage avec son cri ressemblant au bruit d'une poulie rouillée de corde à linge; ce sera donc ma photo de la semaine :


J'ajouterai toutefois que les objectifs dont je dispose ne me permettant pas de vous proposer une photo plus précise du Cyanocitta cristata, communément appelé «geai bleu», je me rabats sur le copain Wiki, en attendant l'autorisation d'Yves Toupin pour publier une très jolie photo hivernale montrant cet oiseau de dos, ce qui, à l'encontre des humains ainsi représentés, la plupart en tout cas, l'avantage beaucoup.



Cet oiseau ne se retrouve qu'en Amérique du nord. J'ai pu observer son côté grégaire, car il y avait tous les jours cinq geais bleus qui batifolaient dans le jardin de la maison des Laurentides.  Comme le précise toutefois madame Brûlotte, cet oiseau est plutôt méfiant, et il est donc difficile de l'approcher...

Je n'avais pas besoin de lire ces informations, mes observations sur le terrain m'ayant permis de les induire assez aisément!


Il s'agit de ma participation qui se fera plutôt bi-mensuelle qu'hebdomadaire en attendant ma lointaine retraite à moins qu'Amartia et les participants à sa photo de la semaine aient quelque objection...

P. S. J'aurais aussi pu me contenter de vous présenter le volatile à partir de la gravure  qui tient compagnie à Honey Comb sur le piano : 



Cette gravure est l'oeuvre de Richard Metzger. J'apprécie beaucoup le travail de ce graveur et ne lui reproche qu'une chose que je suis pourtant bien à même de comprendre : nous avons en commun le même amour des chiens. Ayant perdu le sien et ne voulant le remplacer, il refuse de représenter cette bête dans ses gravures... Je me rabats donc sur les oiseaux, possédant déjà quelques jolies mésanges et ce courroux de geais et lorgnant vers les cardinaux pour une autre occasion spéciale...










samedi 27 juillet 2013

Photo de la semaine (56) : petits bleuets au rendez-vous!




Pour me remettre de mes émotions, une petite virée dans les Laurentides s'imposait...
Pour celles qui ne connaissent pas, cette région est située au nord de Montréal.  Les premières manifestations de quelque élévation de terrain commence à une heure de la ville, et l'on atteint le plus haut sommet des Laurentides au Mont Tremblant, à deux heures de chez moi. 


Terre de colonisation peinte dans le célèbre roman de Claude-Henri Grignon, Un homme et son péché, cette région est aujourd'hui plutôt un lieu de villégiature pour les skieurs l'hiver et pour les amateurs de sports aquatiques, l'été, en raison de la présence de nombreux lacs.

Chasse et pêche y ont aussi droit de cité, surtout dans les Hautes-Laurentides, accessibles par hydravion. Mes seules chasses se résumant à celles que je pratique avec mon appareil-photo, je vous présenterai cette semaine quelques images de bleuets sauvages dont la récolte fut tout à fait satisfaisante...

Après la prospection -ci-haut-, la découverte : 


Juste à point, les petites billes bleues!


Pour certaines, on retournera la semaine prochaine...

Mais d'autres étaient déjà prêtes pour la cueillette!


Ma gourmandise ne leur permettra pas de se transformer en confiture, et un filet de crème sera donc leur seul ornement... Quand le produit est bon, pourquoi le transformer?

P. S. Participation un peu décalée à la photo de la semaine d'Amartia... J'espère que je serai excusée, car il n'y avait pas de branchement Internet à Brébeuf...




samedi 20 juillet 2013

Photo de la semaine (55) : un arbre est tombé...



Allez! Pour complaire à Christine qui s'impatiente, voici un résumé de ma semaine... La canicule ayant un impact sur l'entrechoquement des masses d'air, de violents orages se sont abattus sur le sud du Québec et ont eu raison de cet arbre qui se trouvait tout juste à côté de ma maison dont on voit un petit bout en haut à gauche. 

Si cet arbre avait eu la malencontreuse idée de tomber dans l'autre direction, ses branches seraient entrées dans ma cuisine, mais par le toit plutôt que par la fenêtre!

Je suis chanceuse dans ma malchance, malgré les dégâts que vous pouvez observer et ceux que vous ne voyez pas - arrachement de ma ligne électrique et endommagement du toit à l'arrière-, car la petite route est fréquemment empruntée, et j'y passais moi-même plusieurs fois par jour pour promener le grand chien.

Disons que, même si ce ne sont que des dégâts matériels comme me le faisait remarquer Françoise, ce n'est pas le moment le plus agréable de mon été et, si ce n'est pas la première fois, en 52 ans, que de jeunes hommes m'escortent pour sortir de ma maison, c'est la première fois qu'ils sont revêtus de leur lourd attirail de pompiers! 

La photo ci-dessous vous montrera l'ampleur du jumeau de «Celui de qui la tête au Ciel était voisine» et qui n'est plus, lui non plus, car l'agrile du frêne l'avait aussi sournoisement attaqué, menaçant ses jours et mon habitation...


Dommage, car, comme je le faisais remarquer à Amartia qui a aussi choisi ce thème pour sa photo de la semaine, j'aime beaucoup les arbres au point d'en avoir toute une kyrielle autour de la maison, mais j'avoue que je ne les verrai plus tout à fait de la même façon!


samedi 13 juillet 2013

Gabrielle Roy (1909-1983)



Je sors brièvement de mon mutisme estival pour célébrer un anniversaire, car en regardant ma montre, ce matin, j'y ai vu inscrit la date du 13 juillet, et cela m'a remémoré ce même jour, il y a trente ans, alors que mourrait l'écrivain qui a le plus marqué mon adolescence et dont la voix a certainement contribué a modelé la mienne qui s'y reconnut d'emblée : Gabrielle Roy.

La photo ci-dessus n'est pas de moi; elle montre l'auteur en 1945, au moment de la publication de son premier livre qui se mérita le prix Fémina : Bonheur d'occasion.  Cet ouvrage, dans la tradition du roman réaliste du dix-neuvième siècle, décrit les difficultés d'une famille de la classe ouvrière installée dans le quartier montréalais de Saint-Henri, où, comme ma mère, j'ai fait mes premières armes d'enseignante il y a un petit moment déjà. Ce n'est toutefois pas la portion de l'oeuvre que je préfère.  C'est plutôt  le versant inspiré par l'enfance manitobaine de Gabrielle Roy qui me retient, ce dont j'ai déjà parlé dans l'un de mes premiers billets.

Prendrez-vous le temps de lire le texte ci-dessous? En guise de commémoration, j'ai eu envie de vous faire découvrir quelques extraits d'un des chapitres que je préfère de Rue Deschambault (1955) : «La voix des étangs»... mais je n'ai pas réussi à découper ce texte où tout me semble important, depuis les réflexions premières de l'adolescente sur sa vocation naissante jusqu'aux propos échangés ensuite avec une mère clairvoyante, mais attristée. Alors je vous l'ai recopié en espérant que malgré le farniente si doux de l'été, vous trouviez quand même un petit reste d'énergie pour lire ces quelques pages...

La voix des étangs


    Dans les étangs non loin de chez nous, un soir, vers le mois d'avril, commençait une sorte de musique aiguë, vibrante, d'une tristesse douce pourtant, qui durait presque tout l'été, pour ne cesser que lorsque l'eau des étangs avait été bue toute par le soleil ou par la terre. 

    Les petites chanteuses, des centaines de grenouilles, étaient invisibles.  Sortant de l'hiver, de leur engourdissement, de la vase, retrouvaient-elles cette mince voix  éclatante pour se parler, se saluer d'un marais à l'autre? Ou bien ne revivaient-elles, n'échappaient-elles au fond gluant que pour remuer nos cœurs un temps par une musique étrange ? D'abord isolées, éparses, les voix finissaient par s'accorder et ne formaient plus bientôt qu'un long cri continu. Je l'entends encore qui vrillait par chez nous les nuits de printemps; jamais je n'ai entendu appel plus fort vers l'enfance, vers ses joies un peu sauvages.  


   J'allais encore souvent dans mon grenier, même quand je fus une élève studieuse, même quand je fus un peu plus âgée et au bord de ce qu'on appelle la jeunesse. Qu'allais-je faire là-haut?  J'avais seize ans, peut-être, le soir où j'y montai comme pour me chercher moi-même. Que serais-je plus tard?... Que ferais-je de ma vie?... Oui, voilà les questions que je commençais à me poser. Sans doute pensais-je que le temps était venu de prendre des décisions au sujet de mon avenir, au sujet de cette inconnue de moi-même que je serais un jour.


    Et voici que ce soir-là, comme je me penchais par la petite fenêtre du grenier et vers le cri des étangs proches, m'apparurent, si l'on peut dire qu'ils apparaissent, ces immenses pays sombres que le temps ouvre devant nous.  Oui, tel était le pays qui s'ouvrait devant moi, immense, rien qu'à moi et cependant tout entier à découvrir. 


    Les grenouilles avaient enflé leurs voix jusqu'à en faire, ce soir-là, un cri de détresse, un cri triomphal aussi... comme s'il annonçait un départ.  J'ai vu alors, non pas ce que je deviendrais plus tard, mais qu'il me fallait me mettre en route pour le devenir.  il me semblait que j'étais à la fois dans le grenier et, tout au loin, dans la solitude de l'avenir; et que, de là-bas, si loin engagée, je me montrais à moi-même le chemin, je m'appelais et me disais : «Oui, viens, c'est par ici qu'il faut passer...»


    Ainsi, j'ai eu l'idée d'écrire. Quoi et pourquoi, je n'en savais rien.  J'écrirais.  C'était comme un amour soudain qui, d'un coup, enchaîne un cœur; c'était vraiment un fait aussi simple, aussi naïf que l'amour.  N'ayant rien encore à dire... je voulais avoir quelque chose à dire...


    M'y suis-je essayée sur-le-champ?  À cet ordre baroque, ai-je tout de suite obéi? Un doux vent de printemps remuait mes cheveux, les mille voix des grenouilles emplissaient la nuit, et je voulais écrire comme on sent le besoin d'aimer, d'être aimé.  C'était vague encore, bienfaisant, un peu triste aussi.  Tout autour de moi étaient les livres de mon enfance, que j'avais ici même lus et relus dans un rayon dansant de poussière, tombé de la haute lucarne comme un trait de soleil.  Et le bonheur que les livres m’avaient donné, je voulais le rendre.  J'avais été l'enfant qui lit en cachette de tous, et à présent je voulais être moi-même ce livre chéri, cette vie des pages entre les mains d'un être anonyme, femme, enfant, compagnon que je retiendrais à moi quelques heures.  Y a-t-il possession qui vaille celle-ci? Y a-t-il un silence plus amical, une entente plus parfaite?


    Or, cette autre moi-même qui dans l'avenir m'invitait à l'atteindre, cette autre moi-même, ô douceur de l'ignorance! était vêtue comme je l'étais ce soir d'un blouson de serge bleu marine à grand col matelot, elle avait le même jeune visage un peu pensif, appuyé au creux d'une main, elle n'avait pas vieilli.


    Ma mère, un soir, vint me trouver dans cette pièce basse de plafond d'où je ne descendais plus, fascinée par les mille bruits de la nuit que j'apprenais à distinguer les uns de autres, fascinée, à ne plus rien oser, par l'ampleur, le mystère de la tâche que je m'étais donnée ou que j'avais acceptée.  Le chant des étangs faiblissait; à présent, détachées les unes des autres, les petites voix se cherchaient, avaient l'air de se répondre, ou de se séparer, peut-être...


    Maman me dit : 

-Pourquoi t'enfermes-tu toujours ici? Ce n'est pas de ton âge. Va jouer au tennis ou rejoindre tes amies. Te voilà toute pâle.  C'est pourtant le plus beau temps de ta vie. Pourquoi n'en profites-tu pas mieux?

    Alors j'ai gravement annoncé à maman ce qu'il en était : que je devais écrire... Et est-ce qu'il ne fallait pas pour cela venir au grenier, écouter longtemps, longtemps, les voix qui se croisent... et tant de choses qu'il faut démêler?


    Maman eut l'air tracassée.  C'était pourtant sa faute si j'aimais mieux la fiction que les jours quotidiens.  Elle m'avait enseigné le pouvoir des images, les merveilles d'une chose révélée par un mot juste et tout l'amour que peut contenir une simple et belle phrase.


-Écrire, me dit-elle tristement, c'est dur. Ce doit être ce qu'il y a de plus exigeant au monde... pour que ce soit vrai, tu comprends! N'est-ce pas se partager en deux, pour ainsi dire, un qui tâche de vivre, l'autre qui regarde, qui juge...

    Elle me dit encore : 
-D'abord, il faut le don; si on ne l'a pas, c'est un crève-cœur; mais, si on l'a, c'est peut-être également terrible... Car on dit le don, mais peut-être faudrait-il dire : le commandement. Et c'est un don bien étrange, continua maman, pas tout à fait humain.  Je pense que les autres ne le pardonnent jamais.  Ce don, c'est un peu comme une malchance qui éloigne les autres, qui nous sépare de presque tous...

    Comment maman pouvait-elle dire si juste? À mesure qu'elle parlait, ce qu'elle disait je le sentais vrai et déjà comme enduré.

    Maman avait les yeux au loin, et elle était si attentive à me bien protéger, à me défendre, qu'ils se remplirent de chagrin.

- Écrire, me dit-elle, est-ce que ce n'est pas en définitive être loin des autres... être toute seule, pauvre enfant!


    Les grenouilles reprirent, après un peu de pluie, leur chant d'ennui si prenant. Je pense qu'on doit s'ennuyer longtemps d'avance du long chemin à faire, du visage définitif que nous donnera la vie.  La curiosité de nous connaître, peut-être est-ce là ce qui nous tire le mieux en avant...


- Les mots parfois arrivent aussi à être vrais, ai-je dit à maman. Et sans les mots, y aurait-il une seule vérité dont on puisse dire : c'est ainsi, c'est vrai!


    Alors maman a eu un geste si désolé, si impuissant.

    Elle a dit en s'en allant :

- L'avenir est une chose terrible. C'est toujours un peu une défaite.


    Elle m'a laissée à la nuit, au grenier solitaire, à l'immense tristesse du pays noir. 


    Mais j'espérais encore que je pourrais tout avoir : et la vie chaude et vraie comme un abri -intolérable aussi parfois de vérité dure- et aussi le temps de capter son retentissement au fond de l'âme; le temps de marcher et le temps de m'arrêter pour comprendre; le temps de m'isoler un peu sur la route et puis de rattraper les autres, de les rejoindre et de crier joyeusement : «Me voici, et voici ce que j'ai trouvé en route pour vous!... M'avez-vous attendue?...Ne m'attendez-vous pas?... Oh! attendez-moi donc!...»