Petits essais en forme de notules

Malraux définit le lecteur par vocation comme celui qui jouit de «la faculté d'éprouver comme présents les chefs-d'oeuvre du passé»...



Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.






samedi 5 janvier 2013

Non-photo de la semaine...



Voilà à quoi se résument mes activités ces temps-ci. Si elle n'était pas si encombrante et un peu mouillée, j'aurais ajouté ma pelle et le tableau eût été complet...

Je porterai donc stoïquement mon faix sans vous ennuyer plus avant, car les copies doivent retrouver leur propriétaire -certains, d'ailleurs ne seront pas contents!- lundi et vous reviendrai, si Dieu et mes étudiants me prêtent vie, la semaine prochaine.

Mes hommages. Excusez ma défection, mais une année mal commencée doit impérativement bien se terminer (adage personnel teinté d'une inépuisable espérance un peu bébête, il faut bien l'avouer).

vendredi 28 décembre 2012

Photo de la semaine (38) : l'abominable chien des neiges



Il y a eu tempête sur le Québec jeudi : presque 50 centimètres en quelques heures! Il a fallu pelleter l'aire de jeu de Honey Comb qui a surveillé le tout pendant un petit moment avec le résultat qu'elle a été transformée en bonhomme de neige. Elle a mis un bon moment à sécher une fois la chaleur du foyer retrouvée.

La maîtresse a cependant longuement continué à oeuvrer derrière la pelle, et n'a pas complètement terminé d'ailleurs, car il faudra bientôt déneigé le toit...

Je vous ajoute quelques clichés d'une petite virée montréalaise au lendemain de la tempête.

Quand un Québécois vous dira : «on n'est pas sorteux», vous comprendrez, dorénavant, qu'il laisse aussi entendre que ce n'est pas toujours facile de sortir!



Les trajets des autobus sont déviés comme l'indique le panneau temporaire ci-dessus...


Les voitures stationnent tant bien que mal lorsqu'elles ne sont pas coincées comme la camionnette blanche sur la photo...



... et les piétons circulent à leurs risques et périls en essayant de ne pas glisser! Petite parenthèse : c'est une extrémité de la rue McGill sur laquelle se trouve la sculpture à laquelle j'avais prêté toutes sortes de propos amusants au moment des élections françaises...

Enfin,  je disais récemment à Anne, qui nous proposait quelques frivolités vestimentaires dans son dernier billet, qu'en tant que Québécoise, je ne pouvais m'ainsi vêtir sans risquer de mourir de pneumonie!  Voici plutôt ce qu'il faut pour survivre et gravir les montagnes de neige comme celle qui se trouve derrière moi : 


J'avoue qu'en matière d'élégance, on peut repasser, mais pour être bien au chaud et ne pas attraper la mort, c'est aussi royal que le bleu de mon anorak!

Je vous reviendrai le premier janvier pour des voeux plus détaillés, mais pour ceux qui n'auront pas le temps de repasser, j'en profite pour vous souhaiter une très bonne année, de la santé avant toute chose et, comme on disait ici il n'y a pas encore si longtemps, le paradis à la fin de vos jours!

Amartia aussi se trouve en ce moment dans un pays dont certaines régions sont enneigées... rendez-vous sur son blog pour découvrir les participants de la photographie de la semaine.








vendredi 21 décembre 2012

Photo de la semaine (37) : AHOUMMMMM!!!!



AHOUMMMMMM!

Le gros lot de loto-Québec atteint cinquante millions ce vendredi!

AHOUMMMMMM!

Joignez vos énergies positives aux miennes!

AHOUMMMMMM!

Si je gagne, je vous invite toutes à Montréal pour une super rencontre de blogueuses!

AHOUMMMMMM!

Vous avez compris : la folie est au rendez-vous!

JE SUIS EN VACANCES!!!!!!!
AHOUMMMMMM!





Notre amie Amartia est à l'origine de cette rencontre hebdomadaire qui oscille entre le tragique et le folichon selon la marche de notre bonne vieille planète... 



vendredi 14 décembre 2012

Photo de la semaine (36) : pourquoi?



Je  vous ai déjà présenté cette photo au printemps... je vous la remontre, toutefois, à défaut de pouvoir, vous me comprendrez, vous présenter mes nièces, car c'est bien évidemment à elles que je songe aujourd'hui à cause de cette nouvelles tragédie au sud de notre frontière. 

Newtown, Connecticut, 14 décembre 2012.

Pourquoi? La multiplication de ces   évènements sanglants aux États-Unis rend de plus en plus caduque la thèse de tireurs isolés, fous... Ces jeunes émanent d'une société.

Il y a deux semaines, des étudiants de l'institution où j'enseigne ont violemment pris à parti deux enseignants sous prétexte qu'ils avaient invité des soldats dans l'enceinte du Collège   C'était effectivement vrai : deux conférenciers qui avaient longuement hésité à venir parler de leur expérience et de la formation qu'ils recevaient lorsqu'ils étaient appelés à travailler avec des peuples de culture différente pendant leurs missions à l'étranger.  Une vingtaine d'étudiants se sont présentés avec des bâtons dont ils se servaient pour frapper par terre autour des enseignants. Puis, ils ont déversé des ordures sur la scène avant de s'y installer pour déterminer qui aurait le droit de prendre la parole. Cela a duré une heure et demie. Pourquoi les conférenciers ne sont-ils pas tout simplement partis? Je ne le sais pas. Je sais, moi, ce que j'aurais fait.

On a à nouveau évoqué l'épiphénomène, l'évènement isolé... Je ne peux pas m'empêcher de songer que cela naît pourtant d'un substrat, rend compte d'un climat, les plus faibles étant les premiers atteints par les fanatismes de tous ordres...

Les historiens rappelleront que notre société n'est pas plus violente, bien au contraire, que celle du Moyen Âge... La différence vient peut-être de la connaissance que nous avons dorénavant presque en temps réel de tout ce qui se commet comme crimes odieux à l'échelle de la planète; on peut aussi supposer que les truands du Moyen Âge écharpaient les quidams pour leur retirer leur bourse.  Le désir de tuer, et de tuer, qui plus est, des êtres innocents, pour exprimer un mal-être ne devait certainement pas être aussi fréquent...

Le mois de décembre comportera donc, à compter de cette année, deux anniversaires macabres : celui de la tuerie de l'école polytechnique de Montréal en 1989, le 6 décembre, et celui de Newtown, le 14 décembre...

C'était ma triste participation à la photo de la semaine d'Amartia

vendredi 7 décembre 2012

Photo de la semaine (35) : crèche napolitaine


Un mauvais tour de rein m'ayant retenue à la maison ces derniers jours, je puise à nouveau dans mes archives photographiques pour être en mesure de participer à la photo de la semaine.

J'ai voulu ajouter mon grain de sel aux divers blogs qui s'intéressent aux scènes de nativité. Par contre, ce sont les personnages qui entourent le coeur de la crèche que je suis à même de vous montrer, car, bien qu'il soit possible de photographier les peintures sous tous les angles, le Metropolitan interdit de photographier le grand arbre de Noël qu'il dresse dans son hall depuis 1957 et la crèche napolitaine qui l'accompagne. C'est donc à la dérobée que j'ai fait ces quelques clichés, et je n'ai pu me trouver dans le bon angle pour photographier Marie, Jésus et Joseph. Vous devrez donc faire le voyage vous-même si vous voulez admirer ces personnages dans toute leur splendeur!


En regardant pour vous l'article consacré à cette crèche sur le site du Metropolitan, j'ai été touchée d'apprendre que c'était la donatrice des figurines, Loretta Hine Howard, qui assurait chaque année avec sa fille, Linn, la disposition des quelque deux cents personnages. Depuis la disparition de sa mère, Linn perpétue la tradition et c'est dorénavant sa propre fille qui vient l'aider.

Moins connus que les santons de Provence, les personnages de cette crèche reprennent un peu le même principe puisqu'aux  personnages obligés des scènes de nativité s'ajoutent  paysans et animaux.  Ces figurines datent du XVIIIe siècle et ont été fabriquées dans la région de Naples.



Cette dernière image n'est pas très réussie, mais je l'ai tout de même introduite pour vous donner une idée de la grandeur de l'arbre qui est décoré d'une cinquantaine d'anges s'ajoutant aux personnages de la crèche.

Retrouvez les autres participants à la chronique de la photo de la semaine sur le site d'Amartia.




vendredi 30 novembre 2012

Photo de la semaine (34) : un grand plaisir et une dénonciation




Une fois n'est pas coutume : j'ai bonne nouvelle, comme disait notre directeur de choeur hongrois... Pour la première fois depuis 2008, je vais redonner, cet hiver, ce cours de courants artistiques et littéraires que j'aime tant! Alléluia!  Le calcul très pointilleux des charges individuelles d'enseignement me privait de ce plaisir depuis cinq ans... J'aurai donc l'occasion de m'adonner à mon vice en toute légitimité puisque je serai OBLIGÉE de travailler divers chapitres de l'histoire de l'art du XIXe et du XXe siècle pour préparer mon cours. Je pourrai ainsi vous faire bénéficier, sans trop donner dans la rhétorique professorale, de mes modestes recherches abandonnées ces derniers temps, car elles ne coïncidaient plus avec mon travail actuel.

Voici donc, pour débuter, un détail de Feu d'artifice du peintre québécois Alfred Pellan (1906-1988).  C'est le genre de chose que je ne serai plus  à même de vous montrer, car le Musée des Beaux-Arts de Montréal interdit dorénavant stupidement la photographie au moment même où de nouvelles cartes postales sont par hasard mises en vente. Comme si l'art canadien n'avait pas besoin de tous les moyens possibles de diffusion pour être connu!  Il y a une expression québécoise que j'aime bien et qui s'applique, me semble-t-il , au comportement actuel des dirigeants de ce musée : des quêteux montés à cheval! Le quêteux était ce personnage des villages québécois qui passait, de maison en maison, pour réclamer pitance ou gîte selon le moment de la journée. On lui ouvrait le plus souvent la porte au point qu'il y avait même, près de l'entrée, le banc du quêteux, meuble qui pouvait s'ouvrir pour révéler une paillasse.

L'expression «un quêteux monté à cheval» désigne donc métaphoriquement quelqu'un qui dispose de peu de moyens, mais qui a la prétention de faire comme s'il en avait beaucoup... Notre musée montréalais, qui ne se compare en rien aux grandes institutions muséales que sont le Louvre ou le Metropolitan, ne cesse de limiter les droits des visiteurs, qu'il s'agisse de photo, de dessin ou même de prise de notes avec une plume, le crayon à mine étant seul toléré! ZUT! Ce type de comportement n'encourage pas la fréquentation des musées et signale plutôt des visées à très courte vue de nouveaux riches...

C'est dit! Dès que j'aurai retrouvé la possibilité de me déplacer un peu plus, je tournerai le dos à ce musée provincial qui me fatigue par sa prétention de mauvais aloi!

Pour conclure, voici l'oeuvre intégrale dont le détail ci-haut provient :


Je vous reparlerai de Pellan une autre fois...


Bon an, mal an, certains des participants s'acheminent vers une année entière de «photos de la semaine».  A-t-on assez remercié Amartia qui a eu l'idée de ce rendez-vous? Notre fidélité est en soi une manière de remerciement...

vendredi 23 novembre 2012

Photographie de la semaine (33) : les chuchoteuses

Les Chuchoteuses de Rose-Aimée Bélanger (2002)
rue St-Paul, placette Saint-Dizier, Vieux-Montréal

Je n'ai jamais enseigné l'oeuvre de Tremblay; j'en connais pourtant l'essentiel ayant lu chaque nouveau texte au moment de sa publication et vu plusieurs des pièces de celui qui demeure probablement à ce jour notre plus grand dramaturge, ne serait-ce que par l'ampleur d'une oeuvre qui n'est d'ailleurs pas encore close.

Je vous envoyais donc en toute confiance, l'an dernier, voir la production Belles-soeurs lorsqu'elle a été annoncée à Paris, mais éloignement, calendrier ou histoire de gros sous ont fait en sorte que je n'ai guère eu d'échos et comme je suis une inénarrable tête de mule -comment survivre autrement dans le monde de l'enseignement ou dans notre monde tout court? -, je reviens aujourd'hui à la charge, histoire de narguer madame Cauchard qui, en hypokhâgne à Lyon, m'avait interdit d'utiliser des exemples tirés de la littérature québécoise.  Tête de mule ou, les mauvais jours, tête de cochon...

Depuis que j'ai vu pour la première fois cette sculpture sur la page Facebook d'une collègue, je n'ai cessé de l'associer plus ou moins consciemment, sans en rien connaître à l'origine, aux trois soeurs que l'on retrouve  dans certaines oeuvres de Michel Tremblay. Or, la semaine dernière, m'acheminant vers un restaurant trop bruyant du Vieux-Montréal, je suis tombée par hasard sur le trio qui, vu l'éclairage nocturne, semble plutôt en chocolat qu'en bronze, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Les chuchoteuses de Rose-Aimée Boulanger* se trouve sur la rue St-Paul, pas très loin de la basilique Notre-Dame. Les entrevues visionnées sur la toile n'indiquent pas de parenté avouée entre l'oeuvre de la sculpteure et celle de Tremblay dont je vous parlerai quand même...

***

Pour faire une histoire courte, disons que Tremblay aime brouiller la chronologie. Ainsi met-il en scène, dans Albertine en cinq temps, le même personnage joué par cinq comédiennes différentes incarnant cinq âges de la vie du même personnage.  Il a d'ailleurs appliqué ce brouillage à l'élaboration même de son oeuvre puisqu'ayant tout d'abord écrit de nombreuses pièces de théâtre, il est, par la suite, revenu sur ses pas pour exposer le passé de ses personnages à travers le cycle romanesque intitulé Les Chroniques du plateau Mont-Royal.  

C'est dans ces chroniques, teintées de ce que l'on a appelé le «réalisme fantastique» que Michel Tremblay a intégré une sorte d'avatar «québécisé» des Parques, devenues quatre comme les trois mousquetaires... En lieu et place de Clotho, Lachésis et Atropos, la première tenant un fuseau sur lequel la seconde enroule un fil que la troisième coupera, nous retrouverons Rose, Mauve et Violette, trois tricoteuses interchangeables qui accompagnent les destinées des membres de la famille de Victoire, cette ancêtre première à la manière de l'Adélaïde Fouque des Rougon-Macquart. Elles apparaissent dès la toute première page de La Grosse femme d'à côté est enceinte tricotant les «pattes de bébé» pour l'enfant à venir de la grosse femme. À l'encontre des Parques, ces trois soeurs sont également des artistes, Rose excellant en poésie et les deux autres s'adonnant à la musique.

Ces personnages transcendent époques et générations. Seuls les êtres ayant une forme de double vue comme les artistes Josaphat-le-Violon, frère de Victoire ou Marcel, son petit-fils, voient les trois soeurs et leur mère, Florence. 

Univers à découvrir...

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* Les minces renseignements recueillis sur la toile accordent la maternité de cette oeuvre à Rose-Aimée Bélanger dont l'histoire est pour le moins touchante. Née en 1923, elle ne disposait pas des subsides nécessaires pour poursuivre ses études en arts.  C'est donc à l'âge de cinquante ans, après avoir élevé huit enfants, qu'elle put enfin se concentrer à cette passion qui ne l'avait jamais quittée. Ses «femmes rondes», comme elle aime les appeler, tout d'abord de petits formats, ont à son grand étonnement intéressé un galeriste ontarien et sont maintenant vendues à travers tout le Canada.  La sculpture de la rue St-Paul pourrait d'ailleurs être acquise par un amateur fortuné prêt à débourser $75 000.


Amartia est à l'origine de cette chronique

P.S. On excusera ma défection de la semaine dernière, chaque existence comportant des évènements grinçants...