Petits essais en forme de notules

Malraux définit le lecteur par vocation comme celui qui jouit de «la faculté d'éprouver comme présents les chefs-d'oeuvre du passé»...



Je souscris à cette définition et m'attacherai à présenter ici quelques réflexions au fil de mes lectures qui suivent rarement l'actualité littéraire, pour le plaisir de partager découvertes ou, éventuellement, récriminations... . Quoique, la vie étant bien courte, il vaut mieux, dans la mesure du possible, écarter le désagréable lorsque cela, comme il arrive trop rarement, est en notre pouvoir et vouloir.






vendredi 7 septembre 2012

Photo de la semaine (23) : 4 septembre 2012



Ma photo de la semaine n'est pas une véritable photo... simplement la reprise du travail d'autres photographes.  L’évènement décrit est toutefois trop important pour que je le passe sous silence.

Le mardi 4 septembre, le Parti Québécois a été porté au pouvoir avec une courte majorité : 54 sièges contre 50 pour le Parti Libéral.  Cela a permis à la chef du parti québécois, madame Pauline Marois, de devenir la première femme, dans l'histoire du Québec, à accéder au poste de premier ministre.

Une autre femme chef de parti, ou plutôt, porte-parole comme elle aime se désigner, a également été élue : madame Françoise David, co-porte-parole, avec Amir Khadir, du parti progressiste Québec Solidaire.

Il y avait donc tout lieu de se réjouir, mardi soir... Pourtant, comme en témoignent les deux photos au bas de la mienne, le discours de la première ministre désignée a été brutalement interrompu, deux gardes du corps l'ayant précipitamment obligée à quitter la scène.  L'écran de télé est demeuré vide quelques secondes alors que les commentateurs se demandaient comme les téléspectateurs et les partisans rassemblés au Metropolis, salle de spectacle montréalaise, ce qui se passait.

Un homme s'était introduit à l'arrière de la salle avec une arme à feu.  Un technicien qui s'est interposé a perdu la vie et un autre a été blessé.  L'homme a également eu le temps d'allumer un incendie à l'arrière du bâtiment.  Au moment où il a été appréhendé par la police, il s'est écrié : «Les Anglais se réveillent!»

Depuis ces évènements, les mises en garde contre les amalgames rapides et simplistes fusent.

Un fait demeure : l'élection de la première femme au poste de premier ministre du Québec aura été bien malheureusement associée à un attentat qui s'est avéré mortel...

C'est bien dommage.

P.S. Pour celles qui souhaitent aller un peu plus loin, voici le lien vers un article que j'ai trouvé éclairant : http://lepetitrenaudon.blogspot.ca/2012/09/pq-prononcer-pe-k.html


Perdue dans mes réflexions, j'ai oublié de mentionner qu'Amartia
est à l'origine de cette rencontre hebdomadaire...



vendredi 31 août 2012

Photo de la semaine (22) : Louise Bourgeois




J'ai failli vous mettre ce que vous voyez ci-dessus, comme photo de la semaine, pour vous montrer qu'en plus de tous mes malheurs estivaux, j'ai failli me prendre ce magnifique nid de guêpes sur la tête, car, sans le savoir, je suis passée dessous à chaque fois que je me rendais chez mes tantes... Comme dirait le premier ministre sortant dont le plus petit défauts est certainement son français approximatif : «Une véritable épée de Démoclès!»

Puis, j'ai pensé à ceci : 



car je suis plutôt fière d'avoir enfin réussi une photo qui ne soit pas floue de ce petit diable cornu qui ne tient pas en place...


mais, en définitive, j'ai plutôt retenu une photographie plus «culturelle» d'une oeuvre de Louise Bourgeois située devant le Musée des Beaux-Arts du Canada où j'ai enfin vu l'exposition consacrée à Van Gogh dont je vous parlerai bientôt... 

Intitulée «Maman», cette araignée appartient à une série d'oeuvres similaires de l'artiste. La description qu'en donne la notice du musée souligne l'ambiguïté de la sculpture qui évoque non seulement la fertilité de la maternité, en raison de la poche pleine d'oeufs qui se trouve sous l'abdomen de la bête, mais aussi une certaine crainte vis-à-vis cet insecte qui suscite souvent des phobies.  La psyché de Louise Bourgeois était pour le moins complexe, à l'image de son histoire familiale.



Amartia est à l'origine de cette pléthore de photographies!





mardi 28 août 2012

Ma mère et l'eau

Le port de Montréal, car je n'ai pas de photo du lac Magog!!!




Petite entrée en matière

J’ai sept ou huit ans et je fais les quatre cents coups avec mon ami André qui passe l’été dans le chalet en face de ma maison : nous explorons le ruisseau au milieu des orties, et il hurle à la mort lorsque sa mère le badigeonne de mercurochrome; nous montons par le poteau de téléphone sur le toit du hangar, puis nous sautons en imitant Batman; il me flanque à l’eau pour m’apprendre à nager ou me pousse vigoureusement dans le dos en criant : «Pédale!» pour que j’arrive à me tenir en selle sur ma nouvelle bicyclette… Comme nous sommes inséparables et de la même blondeur, on nous prend pour frère et sœur, et ma mère en profite pour m’envoyer avec lui chez le dentiste : première visite à vie pour moi…

Afin de m’encourager, on décide qu’il passera le premier : vous savez, lorsqu’autrefois on égorgeait le cochon? Mes tantes m’ont raconté qu’elles détestaient aller à l’école ces jours où l’on faisait boucherie, car, dans chaque ferme, c’était des cris à fendre l’âme.  Je suis tellement rassurée, lorsque vient mon tour, qu’on doit me chloroformer! C’était une autre époque.

Les crapets-soleil
Exploit montrable

Ce matin-là, remis de nos émotions dentaires, nous décidons d’aller pêcher le crapet-soleil puisque la rivière, qui n’est pas très loin, en regorge.  Je connais pourtant bien cette Rivière-des-prairies.  Ma mère, qui ne sait pas nager, m’a mise en garde à de multiples reprises.  J’ai cependant déjà, ce qui n’a pas changé d’un iota, une tête de mule carabinée et j’ai décidé que j’allais pêcher le crapet-soleil avec André.
Ma mère m’a cherchée et elle a fini par me trouver.
Cinq pieds et sept, c’est bien assez pour me cacher le soleil : je n’entends pas ma mère approcher, et aucune parole n’est proférée, mais je vois tout à coup une ombre au-dessus de moi, et ce ne sont pas des nuages.
Je n’ai aucun souvenir du trajet de la rivière à la maison.  Ma mère ne m’a pas parlé, elle ne m’a pas touchée, mais, comme on dit ici, j’ai l’impression de ne pas avoir porté à terre. Disons qu’à ce jour, plus de quarante ans plus tard, alors que les cendres maternelles sont depuis bien longtemps mêlées à cette terre, je ne suis jamais retournée pêcher le crapet-soleil ou autre chose.

Marin émérite vous dites?

La peur maladive de l’eau de ma mère s’est à nouveau manifestée quelques années plus tard dans un épisode d’anthologie qu’il aurait fallu filmer.

J’ai dix-sept ou dix-huit ans, l’âge de tous les possibles, et je viens de découvrir la voile qui me fascine.  Comme je ne me mouche pas avec des pelures d’oignon, c’est sur un long voilier de compétition que je fais mes débuts, un Catamaran avec ses deux coques.  Je vogue donc, tignasse au vent, grisée par la vitesse, sur le petit lac Magog avec la fille du propriétaire de l’embarcation, Chantal.
À l’époque, le détail est d’importance, je pèse quatre-vingt-dix-neuf livres mouillée et tout habillée.  Même chose pour Chantal.
Nous naviguons donc, par un jour de grand vent, penchant dangereusement le Catamaran, pour le plaisir d’avoir peur juste ce qu’il faut.  Un peu d’eau pénètre dans le bateau, mais nous ne prenons pas la peine d’écoper, tout au plaisir de fendre les flots à vive allure.
Tout à coup, le voilier ne fait ni une ni deux, et coule tout bonnement, entraîné par le poids de l’eau amassée dans la coque.  Par manque d’expérience, nous n’avons pas donné le petit coup qui aurait permis de détacher la grand’voile avant que le bateau ne s’enfonce.  Elle se remplit donc à son tour d’eau.  Chantal et moi avons beau sauté sur la quille pour tenter de redresser le bateau, nous ne faisons littéralement pas le poids.
À ce stade-ci, vous vous demandez peut-être où est ma mère puisque ces petits récits doivent la mettre en scène… Elle est, depuis le début, sur le quai, à bonne distance, derrière un télescope!  Elle surveille sa progéniture et, en assistant à l’épisode décrit plus haut, elle se met à trépigner, à faire la danse de St-Guy, à gesticuler sur le quai.
Du milieu du lac, inatteignables que nous sommes, nous la regardons benoîtement s’agiter…

C’est finalement le père de Chantal qui, avec une embarcation à moteur, s’est approché pour décrocher l’extrémité de la voile; l’eau qu’elle contenait libérée, nous avons enfin pu redresser l’embarcation, repartir et accoster assez loin de notre point de départ, le vent un peu fort nous ayant empêché de manœuvrer comme nous l’entendions.  Nous avons donc dû marcher sur des cailloux acérés pour ramener le voilier à quai.
Comme j’étais devenue à peu près de la même taille qu’elle, ma mère ne pouvait plus m’impressionner en me cachant le soleil.  Elle s’est tout de même vengée en me faisant croire que mes blessures au pied allaient s’infecter et que je mourrais en décrivant l’arc du terrible tétanos pour lequel je n’avais pas été vaccinée.  Casse-cou mais légèrement hypocondriaque, j’ai passé une très mauvaise soirée!






P.S. Petit ajout pour Michelaise... sauf que, maintenant que j'ai vu la bête, je ne sais plus si c'était des crapets-soleil ou de la perchaude... je me tâte...






Ces deux  images proviennent du site des ressources naturelles et de la faune du Québec . Le premier poisson est une perchuade et le second, un crapet-soleil...


vendredi 24 août 2012

Photo de la semaine (21) : histoire de temps...



Loin de moi l'idée de relayer ici un quelconque message messianique, vous l'aurez compris...

Ce qui m'a ici retenue, c'est en fait la juxtaposition de l'homme dont la tête est une horloge et du mot «éternité» sur la pancarte du prosélyte...

Pour moi qui sors du temps long de la maladie où les journées et les nuits s'étiraient à l'infini, vides d'activités et d'obligations, la réflexion sur nos habitudes de «consommation du temps» s'impose.

Comment, en effet, conserver ces plages non fragmentées qui permettent, lorsque la santé revient un tant soit peu, des lectures lentes et profondes, sans être obligé de passer par l'étape de la maladie dont on ne sait jamais comment on ressortira?

Car les obligations de toutes sortes qui parcellisent le temps reviennent automatiquement avec le retrait de la maladie à moins d'avoir secrétaire, femme de ménage, chauffeur, etc. à qui il serait possible de déléguer ce qui encombre le quotidien...

La question est lancée...


L'initiative d'Amartia a engendré cette réflexion



vendredi 17 août 2012

Photo de la semaine (20) : bernaches du Canada



Elles passent tous les jours au-dessus de la maison, mais je ne réussis pas à capturer leur vol triangulaire... Il me faut donc me rendre à leur aire de repos, dans une anse de la rivière près de chez moi.

Même si je les vois une partie de  l'été, leur cri  symbolise pour moi l'approche de l'automne et donc de la rentrée... qui sera toutefois un peu différée pour moi cette année pour cause de voix érayée!

Peut-être aurai-je donc le temps de vous capturer quelques nouvelles images maintenant que je peux à nouveau circuler un peu mieux!


Cette rubrique a été imaginée par Amartia
Vous trouverez chez elle la liste des autres participants


samedi 4 août 2012

Photo de la semaine (19) : phlox...

Mes promenades étant encore limitées, j'aurais bien aimé faire, comme la dame d'Autour du puits, elle-même inspirée par le photographe Ahaé...mais, comme j'aime les maisons où il y a plus d'arbres que de maison


l'entreprise qui consisterait à photographier ce qui se présente devant ma croisée ouverte n'aboutirait qu'à une jolie flaque de verts disparates.

Aussi ai-je, clopin clopant, gagné le jardin de mes tantes



dont les phlox sont en ce moment superbes, surtout les roses que voici en guise de photo de la semaine :




On se rappellera qu'il s'agit là d'une initiative d'Amartia...



vendredi 27 juillet 2012

Photo de la semaine (18) : Bronchite estivale!

J'émerge, petit à petit, d'une mauvaise bronchite qui m'afflige depuis trois semaines.

J'espère donc être en mesure de reprendre ma place dans la blogosphère dans le courant de la semaine prochaine, tout autant pour vous lire que pour vous présenter un petit quelque chose de mon cru.

Comme j'ai pu le constater, en regardant tout de même de temps en temps mon écran, vous passez de bonnes vacances, entre montagnes, concert, stage photographique ou voyages divers.

J'ai donc hâte de pouvoir vous lire à nouveau sans qu'une quinte ne vienne m'interrompre toutes les trois minutes.

Portez-vous bien et à très bientôt



Je vous  joins tout de même une petite photo, pour honorer la proposition d'Amartia.  Cette image me rappelle un autre été, de bonne santé celui-là, consacré à une activité artisanale : le tissage.  Ici, c'est la phase de la fin de l'ourdissage qui est représenté...


P.S. L'ourdissoir, devant lequel je me trouve, permet de rassembler le fil des bobines sélectionnées pour former la chaîne d'un futur tissu; sur mon épaule, la tresse de ces fils que je suis   en train d'enlever avant de les enrouler sur le métier, puis de les passer dans les aiguilles et finalement dans le reau... Je n'ai pas trouvé ce terme que ma tante utilisait sur internet. On parle plutôt de battant... je ne sais pas si "reau" serait une sorte de traduction de "reed"...